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Caractéristiques
biologiques et signification clinique de la cristallurie
Michel DAUDON
Laboratoire CRISTAL
Centre de Recherches et d'Informations Scientifiques et Techniques Appliquées
aux Lithiases
Service de Biochimie
A
Groupe Hospitalier Necker-Enfants Malades
7543 Paris CEDEX 15, France
Site internet: http://www.centre-evian.com/fondDoc/index-cristal.html?contenu-cristal.html
Sommaire
Introduction
Les
promoteurs et les inducteurs de la cristallisation
De quelques idées reçues
Intérêt de la cristallurie en pratique
clinique
Première
partie : aspects techniques
Choix
du prélèvement
Conservation
Préparation de l'échantillon
Méthodes d’étude
Examens à pratiquer
Mode opératoire
Deuxième
partie : description des cristaux
Cristaux
les plus fréquents
Oxalate
de calcium
Acide
urique
Phosphates de calcium
Phosphate ammoniaco magnésien hexahydraté ou struvite
Urate acide d'ammonium
Cristaux
peu fréquents
Origine
métabolique
- Cystine
- 2,
8 dihydroxyadénine
- Calcite
Origine médicamenteuse
Troisième
partie : la cristallurie en pratique
Qu'est-ce
qu'une urine normale au laboratoire
Importance
de la mesure du pH
Problèmes posés par l'analyse conventionnelle
des cristalluries
Comment résoudre les difficultés d'identification
?
Principaux facteurs de risque d'une cristallurie
mesurables au laboratoire
Quatrième
partie : signification de la cristallurie sur l’urine du réveil en fonction
de l’espèce identifiée
1.
Espèces usuelles
2.
Espèces métaboliques rares ou peu fréquentes
3. Espèces médicamenteuses
Cinquième partie : critères d'interprétation d'une cristallurie
A.
Critères qualitatifs
1.
Nature chimique des cristaux
2. Nature cristalline
3. Faciès cristallin
B.
Critères quantitatifs
1.
Taille des cristaux
2. Fréquence de la présence de cristaux
3. Nombre de cristaux
4. Volume cristallin global (VCG)
5. Taux d'agrégation des cristaux
Conclusion
Pour
en savoir plus sur les cristaux et les calculs
| Le visiteur intéressé
par la cristallurie est invité à consulter, du même auteur, un chapitre
de l'Encyclopédie
Médico-Biologique
consacré à ce sujet, publié aux éditions Elsevier. |
Introduction
La cristallurie résulte d'une sursaturation
urinaire et, plus précisément, d'une rupture d'équilibre entre promoteurs
et inhibiteurs de la cristallisation
urinaire. La cristallurie peut s'observer en dehors de tout contexte pathologique
chez un sujet sans antécédents. Elle traduit simplement le fait que les
urines sont très concentrées et sursaturées vis-à-vis d'une espèce cristalline
ou d'une autre, sans que cela ait la moindre signification clinique.
Toutefois, la présence de cristaux
particuliers (cystine, dihydroxyadénine, struvite ou urate
d'ammonium par exemple), même en absence de signes cliniques, doit orienter
vers des processus pathogènes spécifiques.
La cristallurie peut entraîner
des calculs,
une néphrocalcinose
et parfois une
insuffisance rénale aiguë ou
chronique. Le
problème de la cristallurie est donc tout autre chez le sujet lithiasique
qui, contrairement au sujet normal, peut fabriquer des calculs à partir
des cristaux éliminés dans ses urines. Dans ce cas, la cristallurie doit
être considérée comme un facteur de risque lithogène. Son étude est non
seulement légitime, mais hautement recommandée dans une perspective de
surveillance clinique au long cours des patients lithiasiques.
Cependant, la réalisation de cet examen est
souvent délicate et nécessite de respecter un protocole précis, tant au
niveau du choix de l'urine à étudier qu'à celui du mode opératoire mis
en oeuvre pour l'analyse des cristaux.
Les
promoteurs et les inducteurs de la cristallisation
Parmi les promoteurs
et inducteurs
de la cristallisation,
on compte les facteurs suivants :
- calcium
- oxalate
- phosphate
- acide urique
- sodium, potassium
- magnesium
- ammonium
- cystine
- dihydroxyadenine
- xanthine.
Les trois derniers promoteurs
sont particulièrement intéressants parce qu'ils signent des maladies génétiques.
Parmi les
inhibiteursde
la cristallisation, on rencontre aussi bien de petites molécules (citrate,
pyrophosphates, magnésium, zinc)
que de grosses molécules riches en charges négatives :
| - |
glycoprotéines : néphrocalcine,
bikunine, uropontine, lithostathine, protéine de Tamm-Horsfall,
UPTF1, alpha-1 microglobuline |
| - |
glycosaminoglycanes : sulfates
de chondroïtines, de dermatane et d'héparane |
| - |
fragments d'ARN |
Les promoteurs de la cristallisation
peuvent agir conjointement
ou isolément
(tableau 1). Le plus souvent, 2 ou 3 composés sont mis en oeuvre pour
aboutir à la formation de cristaux.

Tableau 1. Promoteurs
de la cristallisation.
De
quelques idées reçues
Toutes les urines
sont sursaturées, il est donc normal d’avoir des cristaux. Les
sujets normaux ayant aussi des cristaux, l’étude de la cristallurie n’a
pas d’intérêt clinique, sauf pour des espèces particulières comme la cystine.
Réponse : la
cristallurie peut être comparée à la glycémie : une hyperglycémie post-prandiale
est normale, une hyperglycémie permanente est pathologique. La cristallurie
trouve sa signification pathologique dans sa nature, ses caractéristiques
et sa fréquence.
Les cristalluries médicamenteuses
ne sont pas importantes à identifier car elles traduisent simplement la
forte élimination urinaire de certains produits chez des patients traités.
Réponse : Les
2/3 des cristalluries médicamenteuses s’accompagnent de signes cliniques
ou biologiques: hématurie, insuffisance rénale, lithiase, … Il est donc
important d’identifier les cristalluries médicamenteuses lorsqu’elles
sont présentes.
Intérêt
de la cristallurie en pratique clinique
Trop
souvent négligée, la cristallurie permet pourtant le dépistage de maladies
congénitales (ex : cystinurie), d'identifier le risque d'une insuffisance
rénale aiguë d'origine médicamenteuse et de définir les facteurs de risque
lithogène, sachant que la lithiase rénale touche 8 à 10 % de la population
générale et qu'il ne sert à rien de procéder à une transplantation rénale
chez un sujet un insuffisance rénale terminale sans avoir auparavant identifié
et corrigé la pathologie cristalline3 responsable de la destruction des
reins (figure 1).
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Fig. 1.
Place de la cristallurie au laboratoire d'analyses médicales. |
Première partie
: aspects techniques
Choix
du prélèvement
Urines
du réveil - urine fraîche à jeun.
Cas particulier :
IRA anurique => 1ère urine de reprise de diurèse.
Parce que l'urine est un milieu
instable qui peut cristalliser in vitro, elle ne doit pas être conservée
trop longtemps après l'émission. Une analyse de la cristallurie ne peut
donc se faire sur les urines des 24 heures. Il faut aussi éviter les prélèvements
recueillis dans les heures qui suivent les repas en raison de l'influence
excessive de ceux-ci sur la composition des urines post-prandiales. Le
prélèvement le mieux adapté est l'urine du réveil car elle couvre une
période relativement longue du nycthémère (6 à 9 heures) et correspond
à une sursaturation souvent importante en raison de la restriction hydrique
nocturne. Elle reflète donc la plupart des anomalies métaboliques susceptibles
de provoquer la cristallisation chez le patient exploré. À défaut de l'urine
du réveil, on peut utiliser l'urine fraîche à jeun, émise au laboratoire.
Conservation
Dans tous les cas, la conservation
de l'urine destinée à l'étude de la cristallurie doit être aussi courte
que possible après l'émission pour éviter les risques de cristallisation
secondaire, in vitro, dénuée de signification clinique. Il est essentiel
que l'urine, émise pour en examiner la cristallurie, soit transmise dans
sa totalité au laboratoire et conservée dans le flacon de recueil pour
éviter la perte de cristaux par transvasement. Idéalement, le prélèvement
devrait être conservé à 37° C jusqu'au moment de l'examen, mais cela est
souvent irréalisable en pratique quotidienne. De plus, des études ont
montré que la cristallurie initiale évolue peu dans les urines si elles
ne sont pas conservées au froid et si elles sont traitées dans les deux
heures suivant la miction. En pratique, il est possible d'effectuer une
étude de la cristallurie sur les urines recueillies dans les conditions
d'un examen cytobactériologique sous réserve qu'elles ne soient conservées
ni au réfrigérateur ni au congélateur et qu'elles soient examinées au
microscope dans les deux heures suivant la miction.
En résumé :
- Idéale
: analyse immédiate: émission de l’urine au laboratoire
- Satisfaisante : moins de 3 heures à 37°C (conservation à l’étuve ou
en thermos)
- Acceptable en routine : moins de 2 heures à température ambiante ( >
20°C)
- Mauvaise : conservation à + 4°C (sauf recherche de maladies génétiques
cristallogènes)
- Inacceptable : congélation.
Préparation
de l'échantillon
Ne pas faire l'étude sur le
culot de centrifugation. Contrairement à d'autres investigations, l'étude
de la cristallurie n'a pas besoin d'être sensible. Au contraire, on cherche
plutôt à désensibiliser l'examen afin de mieux révéler les contextes pathologiques.
Pour cette raison, on ne travaille pas sur un culot de centrifugation
des urines mais, au contraire, sur une urine
homogénéisée par retournement. Ainsi, nombre d'urines de sujets
normaux qui contiennent un petit nombre de cristaux apparaîtront négatives
alors que les urines des sujets lithiasiques, souvent beaucoup plus riches
en cristaux, resteront positives.
Méthodes
d’étude
- Microscopie optique +
pétrographie
- Microscopie optique + polarisation
- Microscopie électronique à balayage
- Spectrophotométrie infrarouge, diffraction X
- Microscopie IRTF
- Microscopie Raman IRTF
- Compteur de particules.
Toutes ces méthodes ont été
utilisées en recherche, mais en routine, la
micoscopie optique avec polarisation reste la méthode la plus
accessible et globalement la plus performante. En cas de doute sur l'identification
d'une espèce cristalline, on lui associera la spectrophotométrie infrarouge
sur culot sec.
Examens
à pratiquer
La première
étape consiste à apprécier l'environnement
urinaire. La cristallurie est fortement dépendante de l'environnement
urinaire et peut avoir elle-même des répercussions sur l'appareil urinaire.
Il est donc important, parallèlement à l'étude des cristaux, de pouvoir
apprécier différents marqueurs urinaires tels que le pH,
la densité, la présence d'hématies,
de leucocytes et de nitrites. Toutes ces informations peuvent être obtenues
à l'aide d'une bandelette multiréactive. Toutefois, la précision de lecture
de certaines plages réactives est insuffisante, en particulier celles
correspondant au pH. Or, la valeur du pH est très importante pour l'interprétation
de nombreuses cristalluries. Pour disposer d'une précision de mesure suffisante,
il est nécessaire d'utiliser un pH-mètre ou, à défaut, de recourir à l'emploi
des papiers pH à double échelle de lecture permettant de déterminer le
pH à ± 0,1 ou 0,2 unité près.
De même, la densité urinaire
de l'urine du réveil permet de juger du degré de dilution des urines et,
par comparaison avec la densité des urines de 24 heures, d'apprécier les
apports hydriques quotidiens et surtout leur répartition nycthémérale,
ce qui est particulièrement important chez le sujet lithiasique récidivant.
Or, la mesure de la densité urinaire à l'aide d'une bandelette multiréactive
est basée sur l'appréciation d'une coloration qui est dépendante du pH.
Il est donc nécessaire de corriger la valeur lue en fonction du pH vrai
de l'urine mesuré par une méthode plus précise que celle des bandelettes
multiréactives.
Enfin, une étude qualitative
et quantitative de la cytologie urinaire, réalisée en microscopie optique
(contraste de phase) en même temps que celle des cristaux, permet de noter
la présence et l'abondance des leucocytes, érythrocytes, cellules épithéliales,
mucus, cylindres, levures et bactéries, toutes ces informations permettant
de relier la cristallurie à un contexte pathologique particulier (infection
urinaire, néphrite interstitielle, insuffisance rénale d'origine cristalline,
etc.).
La deuxième
étape concerne la cristallurie
proprement dite et consiste en un examen
en microscopie à polarisation sur urine homogénéisée
par retournement :
- détermination des
espèces ‘cristallines’ (et non ‘chimiques’)
- détermination des faciès cristallins
- comptage des cristaux par espèce cristalline
- mesure des tailles moyenne et maximale des cristaux (cellule de Malassez
ou équivalent)
- comptage des agrégats
- mesure des tailles moyenne et maximale (agrégats)
- calcul du coefficient d’agrégation.
Mode
opératoire
À réception de l'urine, le pH
est mesuré à 0,1 unité près. La mesure du pH à l'émission n'a aucun intérêt
car le pH urinaire est très stable si le malade n'est pas porteur d'une
infection urinaire par un germe uréasique, seule situation où le pH peut
varier dans les heures qui suivent la miction. La densité et les nitrites
sont déterminés à l'aide d'une bandelette multiréactive. La densité est
corrigée en fonction du pH réel de l'urine. L'urine est homogénéisée par
retournement, puis un prélèvement est immédiatement effectué à l'aide
d'une pipette Pasteur plongée au fond du récipient et déposé sur une cellule
de Malassez pour l'examen en microscopie optique à polarisation. Les cristaux
étant souvent plus lourds que les éléments cellulaires, le prélèvement
s'effectue de la manière suivante: la pipette, dont l'extrémité supérieure
est obturée par un doigt, est plongée rapidement au fond du récipient
dont l'urine vient d'être homogénéisée. L'urine est alors prélevée en
retirant le doigt tout en remontant l'extrémité de la pipette vers le
milieu du flacon. De cette manière, les cristaux sont aspirés dans la
pipette par capillarité. L'urine est alors transférée dans la cellule
en veillant à incliner la pipette perpendiculairement au bord de la cellule
pour éviter de créer des courants latéraux et permettre aux cristaux de
se répartir à peu près uniformément sur l'ensemble de la cellule. On peut
utiliser différents types de cellules permettant une numération des éléments
par unité de volume, mais la cellule de Malassez, grâce à son quadrillage
couvrant un millimètre cube, est particulièrement propice au comptage
et à la détermination des tailles des cristaux observés. Les paramètres
qualitatifs (nature des cristaux, faciès cristallins) et quantitatifs
de la cristallurie (nombre de cristaux/mm3, tailles moyenne
et maximale en microns pour chaque espèce cristalline, nombre d'agrégats
par mm3, tailles moyenne et maximale des agrégats en microns)
sont déterminés grâce au quadrillage de la cellule et, pour être plus
précis lorsque les cristaux sont petits, en utilisant un réticule disposé
dans l'un des oculaires du microscope. La recherche des cristaux se fait
généralement au grossissement x 200 tandis que le dénombrement des cristaux
ainsi que l'évaluation des tailles moyenne et maximale sont réalisées
au grossissement x 400. L'identification des cristaux de taille inférieure
à 3 microns nécessite aussi, généralement, le recours au fort grossissement.
La polarisation est indispensable pour caractériser certaines espèces
ou les différencier en cas de confusion avec d'autres cristaux de morphologie
comparable. Lorsque les cristaux sont peu nombreux, il est nécessaire
de les rechercher en balayant toute la lame (et pas seulement le quadrillage).
La recherche du cristal et de l'agrégat de plus grande dimension nécessite
aussi d'examiner toute la lame. Le volume d'urine contenu dans les cellules
de Malassez standard est d'environ 10 mm3. On conclut que la
cristallurie est négative lorsque aucun cristal n'est détecté sur l'ensemble
de la lame. Une cristallurie est considérée comme positive lorsque l'analyse
identifie au moins 1 cristal dans la lame, soit 0,1 cristal/mm3.
Lorsque l'urine contient au moins 10 cristaux/mm3 et que le
transfert de l'urine sur la cellule de Malassez a été correct, on doit
retrouver au moins 1 cristal dans le quadrillage central. Bien entendu,
les cellules doubles ont un volume moindre et sont donc un peu moins sensibles.
Deuxième
partie : description des cristaux
Cristaux
les plus fréquents
Oxalate de calcium
Trois espèces cristallines
distinctes de l'oxalate de calcium peuvent être observées dans les urines
humaines. Elles se caractérisent par leur degré d'hydratation et leur
système de cristallisation qui conduit à des morphologies cristallines
différentes.
La plus fréquente est l'oxalate
de calcium dihydraté ou
weddellite (Wd
ou C2, figure 2), espèce essentiellement
calcium-dépendante, qui est fréquente
dans les urines hypercalciuriques, où la calciurie dépasse 3,8 mmol/L
avec des rapports molaires calcium/oxalate supérieurs à 5. Un tel contexte
biochimique étant souvent observé chez des sujets normaux, la simple présence
de weddellite n'a qu'un intérêt clinique limité et d'autres critères contribuent
à son intérêt au plan diagnostique.
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| Cristaux caractéristiques
de weddellite en forme d'octaèdres aplatis (aspect en enveloppe
carrée). Polarisation faible. Dimension : 20-30 microns.
pH : 5,2-5,6. |
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Cristaux
de weddellite, de forme hexagonale, symétrique, avec un
rectangle clair, inscrit. Dimension : 22 microns. pH : 6,2. |
Fig. 2
. Deux faciès de la weddellite. |
La seconde espèce cristalline,
moins fréquente, de l'oxalate de calcium est la forme monohydratée
ou whewellite
(Wh ou C1, figure 3), qui est, à l'inverse
de la précédente, oxalo-dépendante,
se formant dans des urines hyperoxaluriques au rapport calcium/oxalate
bas, le plus souvent inférieur à 5.
Contrairement à la weddellite,
la whewellite est rare dans les urines de sujets
normaux. Elle s'observe essentiellement chez des malades lithiasiques
présentant une hyperoxalurie. Or cette anomalie biochimique est considérée
comme l'une des principales causes de lithiase rénale. La détection de
la whewellite dans une urine est donc toujours importante, notamment chez
le patient lithiasique, indépendamment du nombre ou de la taille des cristaux
qui peuvent orienter vers des causes ou des facteurs de risque particuliers.
Rarement, les cristaux de whewellite
peuvent être arrondis et avoir l'aspect et la taille d'hématies. Ils sont
polarisants avec un centre légèrement plus foncé (aspect "ponctué"),
ce qui permet de les différencier des érythrocytes (figure 4).
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Fig. 4.
Différenciation entre hématies et whewellite : sur les deux cliché
du haut en lumière blanche, les cristaux hématiformes de whewellite
peuvent ressembler à des hématies. Leur biréfringence en lumière
polarisée (cliché du bas) lève toute ambiguïté. |
Enfin, l'oxalate de calcium
trihydraté (C3, figure 5) représente
une forme beaucoup plus rare, observée dans des contextes pathologiques
très particuliers (traitement par des associations de piridoxilate et
de tétranitrate de pentaérythrityle, hyperoxalurie primaire, déficit en
inhibiteurs macromoléculaires ... ).
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| Petits cristaux
ovales de whewellite (centre déprimé plus sombre) et d'oxalate
de calcium trihydraté (centre non déprimé). Critères d'identité
: réaction de l'acide résoxalique positive sur culot sec.
Spectre infrarouge. |
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Cristaux
hexagonaux asymétriques monochromes d'oxalate de calcium
trihydraté. |
Fig. 5.
Deux faciès de l'oxalate de calcium trihydraté. |
Acide urique
L' acide urique peut précipiter
dans les urines sous quatre formes.
Les deux plus fréquentes sont l'acide urique
dihydraté et une forme pseudo-cristalline de structure non
stoechiométrique incluant des proportions variables de plusieurs cations
que l'on désigne sous le nom d'urates amorphes
complexes (UAC).
La forme
dihydratée (AU2, figure 6) est essentiellement pH-dépendante
et s'observe en urine acide (pH moyen 5,2), généralement sans hyperuricurie.
A l'inverse, les UAC sont plutôt urico-dépendants et précipitent à un
pH légèrement supérieur, entre pH 5,4 et 5,9. Ils sont associés à des
hyperuricuries qui sont d'autant plus fortes que le pH urinaire est lui-même
plus élevé.
Les deux autres phases cristallines,
acide urique anhydre (AU0,
figure 7) et acide urique monohydraté
(AU1), sont beaucoup plus rares et
leurs conditions de cristallisation moins bien connues, bien qu'il s'agisse
dans les deux cas d'espèces cristallines formées en urine acide.
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| Sédiment orange
à rouge-brique. Cristaux polychromes typiques d'acide urique
dihydraté, losangiques, aux côtés légèrement incurvés. Polarisation
très intense, plus ou moins hétérogène. Dimension moyenne
: 45 microns. pH : 5,3. |
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Aiguilles
d'acide urique dihydraté en aiguilles polychromes. |
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| Cristaux
d'acide urique dihydraté en bâtonnets aux extrémités souvent
amincies, dits en cacahuète. |
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Volumineux cristaux
tabulaires d'acide urique dihydraté, de formes diverses,
plus ou moins épais, agrégés. Polarisation intense, hétérogène.
Noter la forme losangique caractéristique d'une partie des
cristaux agrégés. Dimension maximale : 270 microns. pH :
5,2. |
Fig. 6.
Quatre faciès de l'acide urique dihydraté. |
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| Acide
urique anhydre.
Sédiment ocre à orangé.
- Cristaux à polarisation intense, polygonaux, à 6, 8 côtés
ou davantage, peu épais. Critères d'identité: réaction de
la murexide positive. Spectre infrarouge. pH : 5,0-6,1. |
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Urates
amorphes complexes. Sédiment rose carminé ou ocre
clair. Granulations plus ou moins fines, légèrement polarisantes;
parfois, aspect de sphères assez grosses (20-30 microns,
à polarisation hétérogène donnant l'aspect de petits grains
agglomérés. - Critères d'identité: culot de centrifugation
plus ou moins carminé, réaction de la murexide, du sodium,
du potassium positives. Spectre infrarouge. |
Fig. 7.
Acide
urique anhydre (gauche) et urates amorphes d'ammonium (droite). |
Phosphates de calcium
Les phosphates calciques occupent
une place particulière en raison de leur fréquence et de la difficulté
de les identifier avec précision par simple examen microscopique. Il existe
au minimum cinq formes minérales de
phosphates calciques dans les urines: carbapatites, phosphate octocalcique,
whitlockite, brushite et phosphates amorphes de calcium carbonatés (PACC,
figures 8 et 9).
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Fig.
8. Phosphates amorphes de calcium carbonaté. Ces plaques
irrégulières sont translucides, non polarisantes, mêlées à des
granulations plus ou moins en amas du même composé. Elles sont
minces et peuvent atteindre de grandes dimensions. pH : 6,8. |
Les trois premières espèces
ont une similitude de structure cristalline et de morphologie qui ne permettent
pas de les distinguer les unes des autres par un simple examen microscopique.
Il serait nécessaire de recourir systématiquement à des techniques d'identification
moléculaire et cristalline comme la diffraction X ou la spectrophotométrie
infrarouge. L'intérêt clinique de différencier ces espèces est encore
incertain. En pratique, on peut se contenter, du moins pour l'instant,
de distinguer d'une part les espèces ayant globalement l'aspect de
granulations (PACC, carbapatite) et d'autre part la brushite.
Au plan clinique, les premières se rencontrent principalement dans des
urines alcalines, avec ou sans hypercalciurie.
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| Phosphates
amorphes de calcium carbonatés : cylindre de granulations
non polarisantes amalgamées avec du mucus. Sujet lithiasique.
pH: 7,4. |
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Phosphates
amorphes de calcium carbonatés : sédiment abondant,
blanchâtre, laiteux. Grosse granulations non polarisantes,
isolées ou plus volontiers en amas irréguliers. Critères
d'identité: réactions des phosphates et du calcium positives.
pH : 5,8 - 8,5. |
Fig. 9
. Phosphates amorphes de calcium carbonaté. |
Quant à la brushite
(Br, figure 10) ou phosphate acide de calcium dihydraté, rare
chez les sujets non lithiasiques, elle est calcium-dépendante, comme la
weddellite, avec laquelle elle possède d'ailleurs des relations privilégiées.
On l'observe donc en urine hypercalciurique, de pH modérément acide, avec
ou sans hyperphosphaturie.
Phosphate ammoniaco magnésien
hexahydraté ou struvite
Ces cristaux s'observent à pH
6,6- 9,2 et ont des formes très diverses (figure 11). Le sédiment est
souvent abondant et blanchâtre.
Urate acide d'ammonium
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Fig. 12.
Urate acide d'ammonium. Sédiment généralement abondant.Critères
d'identité . réactions à la murexide et des ions ammonium positives.
Spectre infrarouge. pH : 6,4 - 9,2. |
Cristaux
peu fréquents
Origine métabolique
Cystine
La présence de ces cristaux
très caractéristiques (figure 13) est rare mais signe une cystinurie-lysinurie
congénitale.
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| Cristaux
lamellaires hexagonaux caractéristiques de la cystine,
regroupés en agrégats. Les cristaux les plus typiques
sont minces, hexagonaux, réguliers (côtés égaux, angles
égaux), non polarisants. Fragiles, ces cristaux sont souvent
cassés. Très minces, ils ont une tendance marquée au chevauchement
et surtout au mâclage, c'est-à-dire à la formation de
nouveaux cristaux à partir d'un cristal initial qui sert
de support. Dans ce cas, les nouveaux cristaux sont tous
orientés de la même façon. pH : 6,8. Sédiment faible ou
abondant, présentant macroscopiquement un aspect en paillettes
jaunâtres. Critères d'identité : réaction de Brand
positive (veiller à la bonne qualité des réactifs). Spectre
infrarouge |
Fig. 13. Cristaux
de cystine. |
2, 8 dihydroxyadénine
La présence de ces cristaux
très caractéristiques (figure 14) est très rare mais signe une un déficit
homozygote en adénine phosphoribosyltransférase.
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| Aspect caractéristique
des cristaux de 2,8- dihydroxyadénine en lumière polarisée
: polarisation monochrome (différence avec les grains d'amidon)
avec une croix noire centrée (différence avec les urates
amorphes) et une couronne noire épaisse (différence avec
l'acide glafénique glucuronoconjugué et avec la leucine).
Dimension : 20 microns. pH : 5,0. |
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Agrandissement d'un cristal de 2,8 dihydroxyadénine.
Sédiment peu abondant, culot
de couleur brun rouille.
A noter que la réaction de la murexide est positive avec
ce corps et ne permet donc pas de le différencier de l'acide
urique. |
Fig.
14 . 2,8- dihydroxyadénine. |
Calcite (carbonate de
calcium anhydre)
Ces cristaux parallélipédiques
à contours orthogonaux (figure 15) s' observent en urine peu acide
contenant de fortes concentrations
de bicarbonates (le plus souvent par apport excessif de poudres alcalines)
et de calcium.
Origine médicamenteuse
Les espèces cristallines d'origine
médicamenteuse (figure 16) sont souvent liées à la prise de médicaments
antiseptiques utilisés à des posologies élevées et principalement éliminés
par le rein. Certaines, comme le chlorhydrate de N-acétylsulfaméthoxazole
(métabolite du Bactrim®, ou des médicaments analogues) ont la particularité
de cristalliser assez souvent sous une forme qui peut être confondue avec
des cristaux métaboliques alors que la signification de la cristallurie
est évidemment très différente. Le risque de confusion est encore accentué
par le fait que ces espèces cristallisent dans le même domaine de pH.
A titre d'exemple, le métabolite N-acétylé du Bactrim® ressemble souvent
à des cristaux d'acide urique dihydraté et se forme, comme celui-ci, en
urine acide. De même, la N-acétylsulfadiazine peut se confondre parfois
avec la brushite dont elle partage le même domaine de pH. Les cristaux
d'amoxicilline trihydratée en aiguilles peuvent ressembler à la tyrosine
ou à d'autres espèces médicamenteuses comme les quinolones et parfois
l'indinavir monohydraté. En pratique, l'examen attentif de la forme des
cristaux (faciès cristallin) et l'aspect en lumière polarisée sont des
éléments essentiels du diagnostic. L'identification correcte des espèces
médicamenteuses est d'autant plus importante que la cristallisation peut
être à l'origine de manifestations rénales
plus ou moins sévères à type d'hématurie, de lithiase, voire d'insuffisance
rénale aiguë. Lorsque l'on ne parvient pas à déterminer la nature de l'espèce
cristalline, il est conseillé de centrifuger l'urine et de faire identifier
le culot sec par un laboratoire équipé d'un spectrophotomètre infrarouge.
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| Quinolones
: Cristaux polarisants aciculaires d'un métabolite de l'acide
pipémidique (rare). Les agrégats en gerbe sont irréguliers
mais la convergence est généralement excentrée. Dimensions
des aiguilles : 20 - 100 microns. pH : 6,6. Culot
parfois abondant, jaune pâle. Origine : traitement par acide
oxolinique (Urotrate®). Critères d'identité : spectre infrarouge. |
|
Cristaux
en aiguilles et en baguettes d'ampicilline trihydratée (rare)
vus en lumière polarisée. Polarisation peu intense. Dimensions
:50 à 400 microns. pH : 6,4. Culot variable, blanchâtre.
Origine : traitement par des doses élevées d'ampicilline
ou de ses sels. Critères
d'identité : spectre infrarouge. |
|
|
|
| Grandes
aiguilles d'amoxicilline trihydratée isolées ou plus ou
moins agrégées en rameaux de genêt, de 50 à 300 microns,
vues en lumière polarisée. pH : 5,8. Culot variable, blanchâtre.
Origine : traitement par des doses généralement élevées
d'amoxicilline (Clamoxyl™). Critères d'identité : spectre
infrarouge. |
|
Cristaux
prismatiques polymorphes de chlorydrate de N-acétylsulfaméthoxazole
(Bactrim™, Eusaprim™). Culot parfois abondant, beige à brun
clair. Ces cristaux, fréquemment losangiques, parfois
hexagonaux, souvent épais sont facilement confondus avec
les cristaux d'acide urique dihydraté. Les formes losangiques
ont généralement, pour ce dernier, des angles plus arrondis
que dans le cas du sulfamide. Polarisation positive. Dimensions
: 15 à 45 microns. pH : 5,6. Critères d'identité : spectre
infrarouge, réaction de la murexide négative (différence
avec l'acide urique), solubilité plus ou moins lente, voire
incomplète dans l'acétone. |
|
|
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| Petits
cristaux de N-acétylsulfadiazine (rare) en aiguilles polarisantes
agrégées en aigrettes rayonnantes. Dimensions : 10-20 microns.
pH : 7,3. Culot souvent abondant, beige à ocre. Origine
: traitement par sulfadiazine (Adiazine™). Critères d'identité
: spectre infrarouge, solubilité dans l'acétone.
Remarque
: ces cristaux peuvent s'accompagner d'insuffisance rénale
et de lithiase réversibles à l'arrêt du traitement. |
|
Cristaux
rectangulaires ou à extrémités triangulaires inversées de
N-acétylsulfaguanidine, polarisants, monochromes. Dimensions:
50 à 70 microns. pH : 6,6. Culot parfois abondant, beige
à brun clair. Origine : traitement par sulfaguanidine (Ganidan™).
Critères d'identité : spectre infrarouge, solubilité plus
ou moins lente, voire incomplète dans l'acétone. |
|
|
|
| Cristaux
en aiguilles et en lamelles volumineuses, aux contours peu
réguliers, d'aspect strié, ligneux, d'indinavir monohydraté.
Dimensions : 30 à 400 microns. pH :7,6. |
|
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Fig.16.
Cristaux médicamenteux. |
Troisième
partie : la cristallurie en pratique
Qu'est-ce qu'une
urine normale au laboratoire
Cytologie
Une cytologie
normale répond aux critères suivants :
Leucocytes < 5 / mm3
Hématies < 5 / mm3
Cellules épithéliales pavimenteuses du bas appareil uro-génital
(figure 17) < 5 / mm3
Cylindres : rares ou absents, hyalins (parfois rares cylindres
de granulations chez sujets suivant un traitement alcalinisant des
urines)
Bactéries = absentes ou rares
Levures = absentes
|
Fig.
17. Cellules polygonales pavimenteuses. |
Cristaux
Une cristallurie négative implique l'absence
de cristaux de whewellite, de struvite, d'urate d’ammonium, de cystine,
de dihydroxyadénine ou de médicaments.
Importance
de la mesure du pH
La figure 18 et le tableau 1
rappellent à quel point le pH de l'urine est déterminant pour la cristallogénèse
et combien sa détermination précise peut faciliter l'identification d'éventuels
cristaux dans un échantillon.
|
|

Fig. 18.
Relation entre phases
cristallines et pH (AU2 : acide urique dihydraté, UAC : urates
amorphes, WD: wheddellite, WH : whewellite, PACC : phosphates
amorphes de calcium carbonatés, UrAm : urate acide d'ammonium). |
|
Nature des cristaux |
Domaine de pH |
Oxalates de calcium (OxCa)
Whewellite (OxCa monohydraté)
Weddellite (OxCa dihydraté)
Oxalate de calcium trihydraté |
5,2-7,8
5,2-7,6
5,0-7,6 |
Purines
Acide urique anhydre
Acide urique monohydraté
Acide urique dihydraté
Urates amorphes complexes
Urate acide d'ammonium anhydre
Urate acide de sodium monohydraté
Urate acide de calcium hexahydraté
Urate acide de magnésium hexahydraté
Urate double de potassium et de sodium
Dihydroxy-2,8 adénine
Xanthine |
5,0-5,8
5,0-5,8
4,6-5,9
5,2-6,2
6,4-9,0
6,4-9,0
6,6-9,0
6,6-9,0
6,6-9,0
4,7-9,0
4,7-7,0 |
Phosphates de calcium (PhCa)
Phosphates amorphes de calcium
carbonatés
Carbapatite (PhCa carbonaté cristallisé)
Brushite (PhCa acide dihydraté)
Phosphate octocalcique pentahydraté
Whitlockite (PhCa et Mg hydraté) |
5,9-9,0
5,9-9,0
5,5-8,8
5,9-9,0
5,9-9,0 |
Phosphates de magnésium (PhMg)
Newbéryite (PhMg acide trihydraté)
Struvite (Phosphate ammoniacomagnésien hexahydraté) |
5,7-6,8
6,7-9,0 |
Amino-acides
Cystine
Tyrosine
Leucine |
4,8-8,0
5,0-8,0
5,0-8,0 |
Divers
Calcite
Gypse
Orotate de sodium
Protéines
Cholestérol |
6,2-9,0
6,0-8,0
?
5,0-5,9
5,0-8,8 |
Sulfamides
N-acétylsulfaméthoxazole
chlorhydrate
Sulfadiazine
N-acétylsulfadiazine
N-acétylsulfaguanidine |
5,0-6,1
5,6-6,9
5,8-6,9
5,8-7,4 |
Quinolones
Acide oxolinique hydraté
Acide pipémidique (métabolite)
Fluméquine
Norfloxacine
Ciprofloxacine |
5,0-7,0
5,0-7,0
5,0-7,0
6,0-8,0
6,0-8,0 |
Aminopénicillines et céphalosporines
Amoxicilline trihydratée
Ampicilline trihydratée
Ceftriaxonate de calcium |
5,2-6,8
5,2-6,8
6,0-8,0 |
Autres médicaments
Indinavir monohydraté
Aciclovir
Sulfate de 4'-hydroxytriamtérène
Acide amidotrizoïque
Silice opaline |
5,0-8,0
6,0-8,0
5,0-7,0
<5,5
6,8-9,0 |
Tableau 1. - Espèces cristallines
métaboliques et leur domaine de pH.
Problèmes
posés par l'analyse conventionnelle des cristalluries
| Le but
de l'examen est d'identifier les cristaux éventuellement présents
et d'orienter le clinicien vers certains états pathologiques associés
à la présence des cristaux. La difficulté première est l'identification
fiable des cristaux observés. On connaît en effet quelques quarante-cinq
espèces cristallines différentes dans les urines dont une trentaine
d'origine métabolique et une quinzaine d'origine médicamenteuse.
De plus, chaque espèce peut se présenter sous plusieurs formes,
parfois très différentes les unes des autres, dont certaines sont
attachées à une signification clinique très précise. Il est donc
très important de pouvoir les identifier à bon escient, ce qui
nécessite une certaine pratique.
Plusieurs espèces insolubles
peuvent se présenter sous des morphologies comparables qui sont
une source de confusion. Le cas le plus fréquent est celui des
granulations (figure 19), c'est-à-dire des particules de
dimensions inférieures à 3 microns.
Des critères simples comme la valeur du pH et l'aspect en lumière
polarisée peuvent aider à les différencier (tableau 2).
|
|
Identité |
Polarisation |
pH habituel |
Protéines
Urates amorphes complexes
Phosphates amorphes de calcium carbonatés
Urate acide d'ammonium anhydre
Carbapatite (précipitation faible)
Whewellite (aspect rare) |
négative
positive
négative
positive
positive
positive |
< 5,7
< 6,0
> 6,0
> 7,5
> 5,9
5,5-7,0 |
Tableau 2.
- Espèces pouvant se présenter sous forme de granulations.
Les granulations de protéines, d'urates
amorphes complexes ou de phosphates amorphes ont tendance à se rassembler
en amas plus ou moins étendus alors que les granulations de carbapatite
ou de whewellite, au demeurant plus rares, se présentent sous l'aspect
de " grains " isolés qui correspondent en fait à des cristaux
très petits (taille inférieure ou égale à 2 microns) dont le grossissement
insuffisant du microscope ne permet pas d'apprécier la forme réelle.
|
 |
|
 |
| Cylindre
mixte hématique et granuleux. |
|
Cylindres
de granulations non polarisantes
(CA ou/et PACC). |
Fig. 19.
Difficultés
d'analyse de la cristallurie : différenciation des cylindres granuleux. |
En ce qui concerne
les espèces dont les cristaux sont plus gros, certains faciès cristallins
peuvent être source de confusion (tableau 3). Là encore, il est
indispensable de connaître le pH de l'urine et de disposer de la
lumière polarisée pour les différencier. Mais, il peut arriver que
ces critères ne soient pas suffisants. Dans ce cas, il faut rechercher,
parmi les cristaux, ceux qui ont une morphologie plus spécifiquement
caractéristique de l'espèce concernée.
|
| Forme
cristalline |
Espèces cristallines concernées |
pH
habituel |
Polarisation et aspect habituel en lumière polarisée |
|
hexagones |
cystine
acide urique anhydre
acide urique dihydraté
whewellite
weddellite
oxalate de calcium trihydraté
N-acétylsulfaméthoxazole |
variable
acide
acide
variable
variable
variable
acide |
positive,
monochrome, si cristaux épais
positive, monochrome
positive, monochrome
positive, monochrome
positive, monochrome, sauf extrémités
positive, monochrome
positive, monochrome |
|
losanges |
acide urique
dihydraté
calcite
whewellite
N-acétylsulfaméthoxazole |
acide
> 6,8
variable
acide |
positive,
polychrome
positive, monochrome
positive, monochrome
positive, polychrome |
|
rectangles |
struvite
N-acétylsulfaguanidine |
> 7,0
6,5-7,5 |
positive,
monochrome
positive, monochrome |
|
enveloppes |
weddellite
struvite |
variable
> 7,0 |
négative
ou faible, monochrome
généralement faible, monochrome |
|
ovales |
whewellite
weddellite (pseudo-ovales)
oxalate de calcium trihydraté |
variable
variable
variable |
positive,
polychrome, dépression centrale
positive, monochrome (sauf angles)
positive, monochrome, pas de dépression |
|
sphères |
urates amorphes
complexes
dihydroxyadénine
urate acide d'ammonium
calcite |
< 6,0
variable
> 7,5
> 6,8 |
positive,
intensité variable, polychrome
positive, croix noire et contours noirs
positive, polychrome, en mosaïque
positive, polychrome, en mosaïque |
|
cacahuètes |
whewellite
urate acide d'ammonium
urate de sodium et potassium
calcite |
variable
> 7,5
> 7,5
> 7,5 |
positive,
monochrome
positive, monochrome
positive, monochrome
positive, monochrome |
|
aiguilles et baguettes |
acide urique
dihydraté
brushite
struvite
aminopénicillines
quinolones
N-acétylsulfadiazine
indinavir monohydraté
ceftriaxonate de calcium
amidotrizoate |
< 5,8
>5,9
> 7,0
< 6,5
5,5-6,8
6,0-6,9
> 5,0
6,5-,7,5
<5,0 |
positive,
polychrome
variable, peu intense, monochrome
positive, monochrome
positive, monochrome, si cristaux épais
positive, monochrome ou polychrome
positive, monochrome ou polychrome
positive, monochrome
positive, monochrome
positive, monochrome |
Tableau 3. - Formes cristallines
pouvant être à l'origine d'erreurs d'identification.
| Si le doute subsiste,
il faut recourir à des méthodes d'identification chimique ou physique
à partir du culot de centrifugation. Pour certaines espèces, il
faut baser la différenciation sur la forme précise des cristaux.
Par exemple, les cristaux hexagonaux peuvent être symétriques, asymétriques,
étirés, aux contours minces ou épais. Les baguettes peuvent être
asymétriques, aux contours plus ou moins réguliers, agrégées de
manière particulière ou présentant un maclage (formation de nouveaux
cristaux à partir d'un cristal initial) caractéristique, à extrémités
tronquées (brushite) ou de section particulière (trapèzes de la
struvite). |
Comment
résoudre les difficultés d'identification ?
| Lorsque les espèces cristallines
ne sont pas reconnues avec certitude, il est possible de réaliser
des tests de solubilité (dissolution des phosphates dans l'acide
acétique), des tests chimiques de différenciation comme la réaction
de la murexide pour distinguer l'acide urique du métabolite N-acétylé
du sulfaméthoxazole ou de procéder à une
identification infrarouge à partir du culot de centrifugation.
Ces tests ne sont possibles que si la cristallurie est relativement
abondante. Dans le cas contraire, seule l'analyse infrarouge peut
apporter la réponse, mais il faut malgré tout un minimum de matériel
à analyser. Pour l'obtenir, on centrifuge la totalité de l'urine
disponible puis on transfère le culot sur une membrane de faible
porosité (pores de 0,22 microns). Le culot est séché à l'air ambiant
ou à l'étuve à 37° C pendant quelques heures avant d'être transmis
à un laboratoire pouvant faire une analyse infrarouge sur microprélèvement. |
Principaux
facteurs de risque d'une cristallurie mesurables au laboratoire
Il
existe un risque cristallogène important si :
|
|
Oxalate |
> 0,3 mmol/l |
|
Phosphate |
> 24 mmol/l |
|
Calcium |
> 3,8 mmol/l |
|
Urate |
> 3,5 mmol/l si pH
>= 6,0 |
|
|
> 2,8 mmol/l si 5,5
< pH < 6,0 |
|
|
> 2,4 mmol/l si 5,3
< pH =< 5,5 |
|
|
> 2,0 mmol/l si pH
=< 5,2 |
|
Citrate |
< 1 mmol/l |
|
Magnésium |
< 1,5 mmol/l |
|
Densité |
> 1012 |
|
Diurèse des 24 heures |
< 1500 ml |
La figure 19 montre bien le rôle
déterminant de la densité de l'urine dans la cristallogenèse. Au
seuil de 1012, il y a pratiquement doublement de la présence de
cristaux.
|
|

Fig. 19.
Relation entre cristallurie et densité des urines. |
|