| Certaines espèces
cristallines se présentent sous différentes formes ou faciès qui
peuvent être rattachés à des contextes pathologiques ou des profils
urinaires particuliers. Cette notion a été bien mise en évidence
pour les oxalates de calcium et reste à développer pour d'autres
espèces cristallines.
Prenons le cas des
cristaux de whewellite. Ils
sont habituellement de forme ovale avec un centre plus ou moins
déprimé et un renflement à chaque extrémité (aspect en "
cacahuète " lorsqu'ils sont vus de profil). Ils ont une forme
très différente en cas d'intoxication par l'éthylène-glycol (figure
26). Dans ce contexte, responsable d'une hyperoxalurie sévère
avec une hyperacidité des urines, les cristaux de whewellite se
présentent sous la forme de losanges étirés et d'hexagones allongés.
|
Fig. 26.
Whewellite en navette caractéristique d'une intoxication
à l’éthylène-glycol (acidose métabolique, pH urinaire
acide, parfois <5, hyperoxalurie et souvent, insuffisance
rénale). |
De même, la
weddellite (figure 27) se présente dans la majorité
des cas sous forme d'octaèdres formés de deux pyramides aplaties
accolées par la base. Observés en microscopie optique, ces cristaux
ont l'aspect d'enveloppes carrées. Lorsque le calcium urinaire
dépasse 6 mmoI/L, la morphologie des cristaux de weddellite évolue
par épaississement de l'arête qui sépare les deux pyramides. On
observe alors fréquemment des cristaux comportant quatre nouvelles
faces (cristaux dits dodécaédriques) qui peuvent devenir les principales
faces du cristal, modifiant complètement son apparence. En microscopie
optique, ces cristaux prennent un aspect hexagonal et les pyramides
ne sont plus visibles que sous la forme de petits triangles sombres,
parfois difficiles à voir, aux extrémités. Ce faciès est d'autant
plus fréquent et abondant que la calciurie est plus élevée (figure
28). Certaines urines dont la calciurie dépasse 10 mmol/L peuvent
ne contenir que ces formes dodécaédriques.
|
|
|
| Faciès
normal (octaédrique) => Peu de signification
clinique sauf chez le sujet lithiasique connu. |
|
Faciès
hexagonal (dodécaédrique) => Marqueur d’hypercalciurie
majeure. |
Fig. 27.
Deux
faciès de la weddellite, l'un de peu de signification
clinique, l'autre indiquant une pathologie grave.. |
|
Fig.
28. Pourcentage de faciès hexagonal de la weddellite en
fonction de la calciurie. |
B. Critères
quantitatifs
Les aspects quantitatifs
de la cristallurie peuvent aussi présenter un grand intérêt clinique.
Ils concernent notamment la taille des cristaux, leur nombre,
le volume cristallin global, le taux d'agrégation ou encore le
nombre d'urines d'un même sujet présentant une cristallurie. L'intérêt
de ces critères quantitatifs peut être modulé en fonction de l'espèce
cristalline identifiée.
1.
Taille des cristaux
Compte tenu du protocole
proposé pour étudier la cristallurie, la taille des cristaux comporte
deux paramètres distincts : d'une part la dimension moyenne des
cristaux d'une espèce donnée, d'autre part la taille maximale
des cristaux observés. La taille moyenne est une information très
importante, mais limitée aux espèces pour lesquelles on peut appliquer
le calcul du volume cristallin à la prise en charge thérapeutique
des patients. Cela concerne actuellement essentiellement l'oxalate
de calcium et la cystine. La taille maximale des cristaux est
un critère dont l'interprétation est en fait plus qualitative
que quantitative au sens qu'elle renseigne sur certains facteurs
de risque lithogène. Elle permet aussi de comprendre certaines
manifestations cliniques comme l'hématurie, l'insuffisance rénale
aiguë ou la récidive lithiasique, notamment lorsque l'on prend
simultanément en compte la forme des cristaux. Ainsi, on comprend
aisément que des cristaux en aiguilles d'amoxicilline trihydratée
ou d'indinavir de taille maximale supérieure à 200 microns puissent
être à l'origine d'une hématurie, voire d'une insuffisance rénale
si la cristallurie est de surcroît abondante.
|

Fig.29.
Profil cristallurique
de récidive lithiasique. |
Chez le sujet lithiasique
calcique ou cystinique, la dimension maximale des cristaux est
intéressante: en effet, des cristaux de weddellite qui dépassent
25 microns témoignent d'une double cause de sursaturation par
hyperoxalurie et hypercalciurie et constituent un marqueur fort
d'une lithiase active. Il en est de même chez le lithiasique cystinique,
pour lequel des cristaux de cystine de plus de 25 microns correspondent
à un volume cristallin élevé, lui aussi marqueur de lithiase active
et de récidive.
2.
Fréquence de la présence de cristaux
Empêcher la récidive
des calculs est l'une des principales préoccupations des cliniciens
qui soignent les malades lithiasiques. Il n'est cependant pas
facile de prédire la récidive ou d'affirmer que la correction
de telle ou telle anomalie biochimique est suffisante pour garantir
l'absence de récidive. Dans ce domaine, l'imagerie fournit des
renseignements tardifs alors que la simple normalisation de la
calciurie peut parfois suffire à prévenir tout risque de récidive.
Chez le sujet normal,
la fréquence de la cristallurie oxalocalcique est de 13 %. Chez
le lithiasique calcique non traité, la fréquence de la cristallurie
oxalocalcique est de 60 - 70 % sur la première urine du réveil.
Chez le le lithiasique en général, une cristallurie positive dans
plus de 50 % des prélèvements est un marqueur très fort du risque
de récidive (figure 30).
Fig. 30.
Influence du produit molaire oxalocalcique sur la fréquence
des cristaux d'oxalate de calcium dans l'urine. |
Comme l'ont montré les
résultats d'une étude prospective comparant 265 patients suivis
sur une moyenne de 60 mois, l'étude de la cristallurie s'inscrit
tout naturellement comme un examen de surveillance au long cours
des lithiasiques récidivants : les patients ont été répartis en
deux groupes selon qu'ils ont récidivé ou non leur lithiase pendant
la période de surveillance. À chaque consultation, l'urine du
réveil a été étudiée pour la recherche de cristaux. Une moyenne
de 6,5 prélèvements par malade était disponible. Nous avons étudié
la fréquence de la cristallurie et constaté que la simple présence
de cristaux était l'un des meilleurs indicateurs pour apprécier
prospectivement le risque de récidive lithiasique : en effet,
92 % des sujets ayant récidivé avaient une cristallurie dans plus
de la moitié de leurs urines du réveil contre seulement 14 % des
sujets n'ayant pas récidivé leur lithiase. (figure 31).
|

Fig. 31.
Fréquence de la cristallurie et récidive des calculs (n=265
patients). |
En d'autres termes,
dans cette étude, 87 % des patients qui présentent une cristallurie
sur plus de 50 % des urines du réveil ont formé de nouveaux calculs.
On peut en conclure que la présence répétée de cristaux dans les
urines représente en soi un risque significatif de lithiase ou
de récidive lithiasique et que les traitements préventifs de la
récidive doivent s'attacher, autant que faire se peut, à faire
disparaître la cristallurie.
3.
Nombre de cristaux
Le nombre de cristaux
par unité de volume traduit, lorsqu'il est élevé, une sursaturation
élevée de l'urine vis-à-vis de l'espèce cristalline considérée
et donc un risque de lithiase. Le nombre de cristaux peut aussi,
dans certains cas, orienter le diagnostic vers certaines pathologies
: si le nombre de cristaux de whewellite
dépasse 200/mm3, quelle que soit la taille des cristaux,
on doit suspecter une hyperoxalurie majeure et rechercher systématiquement
une hyperoxalurie primaire (maladie génétique hépatique débouchant
sur une transplantation hépato-rénale) par dosage de l'oxalurie,
de la glycolaturie et de la glycératurie des 24 heures.
|
|
|
| Brushite
: nombre de cristaux > 500 / mm3.
Cristaux
en baguettes à exrémités en biseaux, légèrement
polarisantes, isolées ou plus ou moins
agrégées en oursins. Dimension : 30 à
35 microns. pH : 6,5. |
|
|
| Whewellite
: nombre de cristaux > 200 / mm3 |
|
Fig.
32. Concentrations pathologiques de brushite et de whewellite. |
Une cristallurie de
brushite dépassant 500 cristaux/mm3
implique la coexistence d'une hypercalciurie et d'une hyperphosphaturie,
ce qui doit faire évoquer la possibilité d'une hyperparathyroïdie
primaire. Enfin, une cristallurie de cystine supérieure à 100
cristaux par mm3 est un critère fort de récidive lithiasique (voir
la rubrique VCG).

Tableau
4.- Incidence de la cristallurie selon la pathologie, tous
cristaux confondus (HPT
: hyperparathyroïdie primaire; HOxI : hyperoxalurie
primaire ; RCaSF : lithiase calcique idiopathique ; Déficit APRT
: déficit homozygote en adénine phosphoribosyltransférase).
Fig. 33.
Femmes lithiasiques. Distribution de la fréquence de cristallurie
positive répartie selon les espèces cristallines (in :
Lithiase rénale : diagnostic et traitement, P. Jungers,
M. Daudon, P. Conort. Flammarion Médecine Sciences, 1999). |
Fig. 34.
Hommes lithiasiques. Distribution de la fréquence de cristallurie
positive répartie selon les espèces cristallines (in :
Lithiase rénale : diagnostic et traitement, P. Jungers,
M. Daudon, P. Conort. Flammarion Médecine Sciences, 1999). |
4.
Volume cristallin global (VCG)
Le VCG intègre
des notions qualitatives et quantitatives de la cristallurie:
nombre de cristaux, taille moyenne et un paramètre de forme lié
au faciès cristallin. Il présente l'avantage pour le clinicien
de résumer en un paramètre quantitatif unique des données quantitatives
et qualitatives de la cristallurie difficiles à interpréter et
à exploiter par des praticiens non initiés.
Le VCG trouve sa justification
dans la surveillance thérapeutique des patients. Il a été développé
pour trois espèces cristallines: weddellite (Wd), whewellite (Wh)
et cystine (Cys). Les cristalluries oxalocalciques qui contiennent
de la whewellite renferment aussi fréquemment de la weddellite,
ce qui fait qu'au plan clinique, dans la plupart des cas, on s'intéresse
au volume cristallin global de l'oxalate de calcium (VCGoxca)
plutôt qu'au VCG de chaque espèce cristalline. Le VCGoxca
est égal à la somme des VCG de la whewellite et de la weddellite
qui peuvent être déterminés à l'aide des formules suivantes :
Whewellite
:
VCGWH = N x L3 x 0,19
où N = Nombre de cristaux / mm3
L = Longueur moyenne des cristaux en µm
Weddellite :
| Faciès 1
: VCGWD = N x D3 x
0,10
Faciès 2 : VCGWD = N x D3 x
0,17
Faciès 3 : VCGWD = N x D3 x
0,25
Faciès 4 : VCGWD = N x D3 x
0,50 |
où D (figure 35) est la plus grande
dimension du cristal en microns (diagonale pour les octaèdres,
longueur entre les sommets des pyramides pour les cristaux hexagonaux),
N le nombre de cristaux / mm3
|
Fig. 35.
Définition
des faciès cristallins de la whewellite et de la weddellite
utilisés pour la détermination du VCG. |
Cystine (VCGcys)
:
Pour les cristaux lamellaires (cas
général) :
VCGcys = N x D2 x 0,65
où N = Nombre moyen de cristaux/mm3
D = diagonale moyenne des cristaux en microns
0,65 = paramètre de forme.
Pour les cristaux particulièrement
épais :
VCGcys =
N x D2 x e x 0,65
où N = Nombre moyen de cristaux/mm3
D = diagonale moyenne des cristaux en microns
e = épaisseur moyenne des cristaux (en microns).
Le VCG a été appliqué
à la prise en charge thérapeutique des patients souffrant d'hyperoxalurie
primaire et ayant bénéficié d'une transplantation rénale ou hépato-rénale.
Dans ce contexte, l'un des objectifs du traitement médical est
de protéger le greffon rénal contre la cristallisation oxalo-calcique
qui peut le détruire en quelques semaines. La détermination du
VCG a aussi été appliquée aux malades souffrant de cystinurie
congénitale. Ce paramètre a montré son intérêt non seulement pour
évaluer l'efficacité des traitements anti-cristallisants mais
aussi comme marqueur du risque clinique de récidive : un VCGcys
supérieur à 3000 mm3 /mm3
se traduit, chez plus de 95 % des patients, par la récidive
clinique de la lithiase dans les mois qui suivent. En revanche, la récidive est
exceptionnelle (moins de 3 % des sujets) si le VCGcys reste constamment
inférieur au seuil de 3000 mm3 /mm3.
Exemple
de calcul du VCGcys
Sachant
que la taille moyenne des cristaux de cystine est de 15 microns,
une cristallurie de cystine de 100 cristaux par mm3
correspond à un VCGcys
de 100 x 152 x 0,65 = 14626 mm3 /mm3
. Une telle valeur est indicatrice d'un processus lithiasique.
|
Cas clinique
|
Enf
J. Virginie, 4 ans : hyperoxalurie
primaire avec néphrocalcinose ayant conduit à une insuffisance
rénale terminale, puis placée sous hémodialyse depuis 1 an et bénéficiant
ensuite d'une transplantation hépato-rénale.
Après 3 jours de réanimation
post-transplantation : créatinine
sanguine : 350 µmol/l
due à une cristallisation
oxalocalcique avec obstruction de la sonde urétérale.
L'étude
de la cristallurie révèle 520
cristaux de whewellite/mm3 ou exprimé
en volume cristallin global
de l'oxalate de calcium : VCGcaox
= 34000
mm3/mm3.
Composition
de l'urine : calcium = 8,40 mmol/l et oxalate = 0,65 mmol/l (soit des valeurs
peu élevées).
Sur
base de ces résultats, la prise en charge est modifiée :
1. arrêt de la dialyse et du furosémide
2. remplacement par un diurétique thiazidique
3. hyperdiurèse
4. suivi
quotidien par l'étude de la cristallurie et du VCGcaox
(renommé ICO par
les cliniciens: Index de Cristallisation
Oxalocalcique).
Résultat
du traitement :
=>
Réduction de l'ICO, au-dessous de 500
mm3 /mm3
=>
Calciurie ramenée au-dessous de 1 mmol/l
=>
fonction rénale normale après 10 ans de recul
|
|
|
Autre exemple de l'application clinique de l’ICO
dans le cadre de l'hyperoxalurie primaire
Dans cette étude, nous avons suivi 8 patients ayant
subi une transplantation hépato-rénale pour hyperoxalurie primaire.
L'ICO a été suivi quotidiennement pendant 3 semaines, dès J1 de
la transplantation et la prise en charge thérapeutique a été adaptée au
résultat de la mesure de l'ICO. Résultat : 8 greffons rénaux
préservés avec recul compris entre 3 et plus de 10 ans.
Par contre, dans un groupe de 6 patients ayant
subi une transplantation hépato-rénale pour hyperoxalurie primaire mais non
suivis par mesure de l'ICO, le rein a été perdu ou
altéré dans 5 cas.
Enfin, dans un groupe de 5 transplantés
hépato-rénaux pour hyperoxalurie primaire, 2 sujets
ont été suivis par mesure de l'ICO entre J1 et J21
et ont préservé leur greffon tandis que pour les 3 sujets restants, la
mesure de l'ICO n'a été demandée qu'après J10 à cause d’une
fonction rénale en cours de dégradation. Chez ces 3 patients, le greffon
a été perdu par cristallisation
dans les 3 à 6 mois.
Ces exemples démontrent l'intérêt
de l’ICO et de sa
normalisation (objectif :
ICO < 500 mm3 /mm3)
et l'importance d’un
suivi précoce (dès
J1).
Application clinique de l’ICO
à la cystinurie
On sait que le VCGcys
est très dépendant du pH (tableau x). Le traitement du patient cystinique
consiste donc à alcaliniser ses urines.
|
|
Alcalinisation |
| pH |
6
- <6,5 |
6,5
- <7,0 |
7,0
- <7,5 |
7,5
- <8,0 |
>
8,0 |
| Nb urines |
21 |
32 |
59 |
59 |
40 |
| VCGcys (mm3 /mm3) |
10939
+ 5501 |
6262
+ 2148 |
495*
+ 276 |
318*
+ 150 |
42*
+ 22 |
*p< 0,001 vs pH < 7,0
Tableau 5 .
Volume global de la cystine chez 57 malades cystiniques : 460 urines (8 /
sujet) => 27 récidives chez 24 patients (42%). Période de surveillance :
1 - 12 ans. pH moyen des urines : 7,2 (extrêmes : 5,2 - 8,4) (d'après Daudon
M. et coll., Urol Res, 2003;31:207-211).
D'autre part, l'étude du VCGcys
permet également de juger de l'efficacité des traitements médicamenteux. Le
tableau 6 montre par exemple l'inefficacité du lopril.
|
|
Alcalinisation |
| pH |
seule |
+
régime |
+
lopril |
+
acadione |
+
trolovol |
| Nb urines |
177 |
43 |
46 |
72 |
65 |
| VCGcys
(mm3 /mm3) |
2648
+ 658 |
19962
+ 460 |
3114
+ 2128 |
1141*
+ 522 |
791*
+ 390 |
*p< 0,01 vs alcalinisation seule
Tableau 6.
Effets des sulfhydriles sur
le VCGcys. Traitement de base pour tous les patients : alcalinisation. Nombre
d'urines sous traitement : 403 (d'après Daudon M. et coll., Urol Res,
2003;31:207-211).
VCGcys
et récidive
|
Dans une étude portant sur 460 urines, 27
avaient un VCGcys > 3000 mm3 /mm3.
Ces
27 urines provenaient de 24 patients différents qui ont tous récidivé leur lithiase. Trois d’entre eux ont fait deux
récidives, chaque fois après avoir eu au moins 1 fois un VCGcys > 3000
mm3 /mm3. Parmi les 33 patients qui n’ont
jamais eu de VCGcys > 3000 mm3 /mm3
pendant la
période de surveillance, aucun n’a récidivé sa lithiase (figure 33).
Chaque cercle représente un patient. Le cercle correspond au VCGcys
maximum observé chez le patient pendant la période de suivi. |
|

Fig. 33. Surveillance
de 57 patients (433 urines). 33 patients non récidivants avec un VCGcys
moyen de 233 mm3/mm3
et un VCGcys maximum de 2857 mm3/mm3
.
24 patients récidivants pour un total de 27 récidives avec un VCGcys
moyen de 8173 mm3/mm3
et une valeur minimale du VCGcys maximum de 4284 mm3/mm3.
p <0,001 (d'après Daudon M. et coll., Urol Res, 2003;31:207-211).
|
5.
Taux d'agrégation des cristaux
|
L'agrégation des
cristaux est responsable de la formation de particules de dimensions parfois
beaucoup plus grandes que celles des cristaux qui les composent. Cela
représente un facteur de risque lithogène particulier parce que les grands
agrégats peuvent être retenus dans le rein et altérer l'épithélium
tubulaire ou papillaire. Le taux d'agrégation, un agrégat étant
défini comme un ensemble d'au moins trois cristaux accolés, permet, avec les
tailles moyenne et maximale des agrégats, d'évaluer le déséquilibre entre
promoteurs et inhibiteurs de la cristallisation. Ce déséquilibre peut être
déterminant dans la rétention des particules cristallines à l'intérieur du
rein et dans le déclenchement des récidives lithiasiques. L'agrégabilité dépend de divers paramètres parmi
lesquels la nature de l'espèce cristalline, le faciès cristallin sous lequel
elle se présente et la composition de l'urine, notamment la concentration ou la
structure de certaines substances inhibitrices comme les ions citrate ou la
protéine de Tamm-Horsfall. Chez le sujet normal, le taux d'agrégation de
l'oxalate de calcium est habituellement inférieur à 5 %, alors qu'il est
fréquemment supérieur à ce seuil et peut même dépasser 20 % chez le
sujet lithiasique (figures 37 et 38), ce qui traduit souvent un déficit en
inhibiteurs et notamment en citrate. Actuellement, l'un des traitements médicaux antilithiasiques
le plus utilisé est le citrate de potassium dont l'un des effets est de
stimuler ou de restaurer les propriétés anti-agrégantes naturelles de
l'urine, qui sont jugées déficientes chez de nombreux patients souffrant de
lithiase rénale.
|
Fig. 37. Nombre de cristaux de weddellite
en fonction de la citraturie et du produit molaire oxalocalcique (pCaOx).
|
|

Fig. 38
. Taux d’agrégation des cristaux
de weddellite en fonction de la citraturie et du pCaOx.
|
|
Conclusion
|
La cristallurie renseigne le
clinicien sur de multiples aspects du déséquilibre urinaire dans les
pathologies cristallogènes.
Son étude permet :
| - |
le diagnostic de maladies rares ou peu
fréquentes (cystinurie, déficit en APRT, etc), |
| - |
la détection de certaines anomalies
biochimiques sans dosage spécifique (oxalate, inhibiteurs), |
| - |
la détection précoce d’un risque de
récidive lithiasique, offrant la possibilité de réajuster le régime ou
le traitement avant la récidive clinique. |
L’étude de la cristallurie
devrait donc faire partie de tout bilan à visée diagnostique ou de
surveillance du patient lithiasique.
|
Pour en savoir plus sur
les cristaux et les calculs
|
Site internet :
centre-evian.com => rubrique «Cristal»
Guide des Examens de
Laboratoire (Kamoun et Fréjaville, eds), Flammarion Médecine Sciences, 2002.
Lithiase rénale : diagnostic et
traitement, P. Jungers, M. Daudon, P. Conort. Flammarion Médecine Sciences,
1999
BADER CA, CHEVALIER A, HENNEQUIN C, JUNGERS,
DAUDON M. Methodological aspects of spontaneous crystalluria studies in calcium
stone formers. Scanning Microsc 1994; 8: 215-232.
CAUDARELLA R, RIZZOLIE,
MALAVOLTA N, SEVERI B, VASI V, BIAGINI G. Cristallurie: un problème à débattre.
Acta Urol Belg 1986; 54: 9-56.
DAUDON M. Cristallurie. Aspects pratiques et
interprétation. 1. Aspects pratiques. Feuillets de Biologie 1987; 28; 155:
25-40. FEUILLETS DE BIOLOGIE, 2002 - Vol. XXXXIII - N'248 -39-
DAUDON M.
Cristallurie. Aspects pratiques et interprétation. Il. Interprétation.
Feuillets de Biologie 1987, 28; 157: 41-47.
DAUDON M. Mécanismes de la
lithogenèse. In: JUNGERS P, DAUDON M, LE DUC A, Lithiase Urinaire. Paris,
Flammarion Médecine-Sciences, 1989, pp. 114-157.
DAUDON M. Méthodes
d'analyse des calculs et des cristaux urinaires. Classification
morpho-constitutionnelle des calculs. In: JUNGERS P DAUDON M, LE DUC A, Lithiase
Urinaire, Paris, Flammarion Médecine-Sciences, 1989, pp. 35-113.
Pour en savoir plus sur
la cytologie urinaire
The
urinary sediment: an integrated view. GT. B. FOGAZZI, C. PONTICELLI, E. RITZ, 2e
édition. Masson, 1999.
|
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