Identification des bactéries difficiles

Peter ROHNER
Laboratoire Central de Bactériologie
Division des Maladies Infectieuses
Hôpitaux Universitaires de Genève

Sommaire

Tuberculose
Lèpre
Légionellose
Chlamydia pneumoniae, Mycoplasma pneumoniae
Bordetella pertussis

Première partie : la tuberculose

Histoire de la tuberculose

15'000 av. J-C :  M. bovis à l'origine; domestication des bovins et passage à l'homme.
400 av. J-C : Hippocrate : Phtisie = tuberculose pulmonaire.
Au 19ème siècle, la tuberculose est un fléau, conséquence de l'industrialisation et des conditions de vie précaires. Elle est responsable d' 1/3 des décès enregistrés à Paris.

Première tentative d'explication : une tumeur d'origine héréditaire.
Vers 1546 : le caractère infectieux est suspecté.
1865 :  Jean Antoine Villemin démontre l'infection.
1882 :  Robert Koch isole "son" bacille BK.
1897 :  C. Flügge : origine de l'infection : gouttelettes produites lors de la toux. 

Modes de transmission et d'infection

1913 : P. Chaussé confirme que les BK survivent pendant des années dans les crachats secs ou sur les vêtements.

Infection : des gouttelettes contenant des BK pénètrent dans les alvéoles pulmonaires. Les bacilles sont le plus souvent inactivés par les macrophages.
Les premiers foyers d'infection sont pulmonaires et ganglionnaires.
90 à 95% restent limités et évoluent vers la fibrose et la calcification.

Chez 5 à 10% des individus, les BK passent des ganglions dans la circulation è origine des multiples foyers.

80% des infections guérissent spontanément.

Tuberculose : littérature et musique

La tuberculose joue un rôle central dans La Dame aux Camélias (1848) d' Alexandre Dumas fils et dans l'opéra de Giuseppe Verdi, La Traviata (1853).

Parmi les tuberculeux célèbres, on citera John Keats ( 1795 - 1821), Robert Stevenson ( 1850 - 1894), George Orwell (1903 - 1950), Franz Kafka (1883 - 1924) et Thomas Mann (1875 à 1955) qui a décrit l'univers des sanatoriums dans La montagne magique (1924).

Biologie de la tuberculose

Agent :   Mycobacterium tuberculosis Bacille de Koch (BK)
Mycobacterium bovis (rarement)

Réservoir : humains et bovins (M. bovis)

Transmission : interhumaine, aérosol
aliments comme lait ou produits laitiers contaminés avec M. bovis

Incubation : des mois, des années.

Epidémiologie

Selon les estimations de l'OMS :
~1/3 de la population mondiale est infectée par M. tuberculosis
1 à 10% vont développer une tuberculose
8 millions de nouveaux cas par an
3 millions de décès par an dans le monde.

Cependant, l'incidence de la maladie varie fortement selon les pays (figure 1).
 

Figure 1. Incidence de la tuberculose dans le monde en 1995.

En Suisse, comme dans tous les pays occidentaux, l'arrivée des antibiotiques a entraîné une forte baisse de la mortalité tandis la morbidité ne connaît qu'un lent déclin (figure 2).
 

Figure 2. Evolution de l'incidence de la tuberculose en Suisse.

Si les tuberculoses pulmonaires représentent la grande majorité des cas, d'autres localisations ne sont pas à exclure (figure 3).
 

Figure 3. Distribution des localisations des foyers tuberculeux en 1978.

La tuberculose au laboratoire

 

Figure 4. Répartition des prélèvements analysés.

Les tests de laboratoire doivent être réalisés dans des zones contrôlées et les échantillons doivent être maniplués avec précaution.

 
Figure 5a. Etiquette signalant le danger biologique des emballages de transport. Figure 5b. Symbole signalant le danger biologique des laboratoires de microbiologie diagnostique.

Les micro-organismes sont classés en 4 groupes de risque, selon les dangers qu'ils peuvent faire encourir au personnel de laboratoire. Mycobacterium tuberculosis et Mycobacterium bovis sont classés dans le groupe de risque 3. A partir de cette classification, on a établi 4 niveaux de sécurité pour les laboratoires (tableau 1).

 
Niveau de sécurité Type de laboratoire Exigences Appareillage de sécurité
1 de base Enseignement Bonnes techniques de microbiologie (BTM) Aucun
2 de base Services de santé primaires, hôpital de premier niveau BTM, blouse de travail, logo risque biologique Hottes de sécurité contre les risques d'aérosol
3 confinement Diagnostic spécialisé Comme 2, plus vêtements spéciaux, accès réglementé Hottes de sécurité pour l'ensemble des activités
4 confinement haute sécurité Manipulation de germes dangereux Comme 3, plus sas, douche à la sortie, élimination des déchets spéciaux Hottes de sécurité de classe III (fermées, gants)

Tableau 1.- Niveaux de sécurité des laboratoires.

La procédure choisie pour identifier les mycobactéries au HUG est résumée par la figure 7. Après décontamination à la N-acétyl L-cystéine (NALC), les échantillons sont mis en culture sur deux milieux solides :1 tube de milieu Coletsos et 1 tube de milieu de Stonebrink. Ces cultures ne donneront des colonies qu'après 4 semaines. 
 

Fig 7 : Procédure utilisée à l'hôpital de Genève pour la détection des mycobactéries en 2002.

Le premier système de culture automatique en milieu liquide a été le BACTEC ® 460 TB (Becton Dickinson) qui est basé sur une analyse de respirométrie radiométrique qui permet d'apprécier la croissance des mycobactéries en mesurant la quantité de 14CO2 libérée par le métabolisme de l'acide palmitique marqué au 14C présent dans le milieu de culture Middelbrook) 7H12 B (BACTEC 12B). L'appareil Bactec® permet de mesurer la quantité de 14CO2 dans l'atmosphère gazeuse du flacon et de l'exprimer selon une graduation appelée GI (Growth Index) allant de 0 (absence de 14CO2) à 999 correspondant à la quantité maximale de croissance décelable par l'automate.

Le même fabricant a ensuite développé une technique non radioactive en milieu liquide qui fournit des résultats après 2 semaines : le MGIT (Mycobacteria Growth Indicator Tube - Becton Dickinson). Cette méthode utilise un milieu 7H9 contenant un sel de ruthénium. Cette susbstance émet une fluorescence d'autant plus vive que la pression partielle d'oxygène est plus faible. Le métabolisme microbien provoque une déplétion en oxygène et entraîne l'apparition d'une fluorescence dont l'intensité est proportionnelle au niveau de réduction du milieu. La lecture des tubes s'effectue manuellement : le tube MGIT doit être retiré du support et comparé aux tubes témoins. On recherche les tubes MGIT émettant une fluorescence qui se caractérise par une couleur orange vif dans le fond du tube et une réflexion orange sur le ménisque de la surface. Si la fluorescence du tube MGIT se rapproche de celle du tube témoin positif, la culture est positive. Si elle se rapproche de celle du tube témoin négatif, la culture est négative. La croissance peut aussi être détectée par la présence d'une turbidité homogène ou non, de petits grains ou de flocons dans le milieu de culture.

La combinaison des 2 technologies a fourni l'automate que nous utilisons en routine, le BACTEC MGIT 960. Le BACTEC 9000MB est basé sur le même principe, avec une moindre capacité de chargement.

Autre système automatique, le MB/BacT (Organon Teknika) utilise une méthode de détection qui en permanence évalue dans le flacon de culture, l'évolution de la croissance microbienne en mesurant grâce à un indicateur coloré convenable, la quantité de CO2 élaboré. Le système de lecture complété d'un équipement informatique sophistiqué compare les mesures obtenues à un système algorithmique de référence et déclenche le signal de positivité quand la variation des différents paramètres est suffisante.

On ajoutera enfin à cette énumération l'ESP Culture System II de Difco.

On trouve également des méthodes manuelles utilisant des milieux de culture mixtes tels que le BBL SEPTI-CHEK*AFB (Becton Dickinson). Il combine un milieu liquide 7H9 (flacon) avec une lame pour le repiquage et la différenciation provisoire des mycobactéries cultivées dans le flacon. La lame montée sur le flacon contient trois milieux solides spécifiques :
- un milieu Middlebrook 7H11 non-sélectif, modifié et adapté à la culture de la plupart des bactéries,
- un milieu à base d'œuf, adapté à la culture de la plupart des mycobactéries,
- un milieu Agar chocolat destiné à l'isolement initial de bactéries (à l'exclusion des mycobactéries qui ne pousseront sur cet Agar qu'après une incubation prolongée).
Ce système permet une détection plus rapide des mycobactéries que les milieux solides usuels. Il ne nécessite pas l’acquisition d’un appareillage.

De nombreuses études ont permis de comparer les performances de ces différents systèmes (tableaux 2, 3 et 4, figures 8 et 9).

 

Système positif

  Les deux MGIT seul BACTEC 12B seul
M. tbc complexe 54 2 2
M. avium 2 0 0
Autres   3 2 1
Total 59 4 3
Contaminés

  62 [21 (3.5%)]

21

Tableau 2.- Comparaison entre les résultats obtenus par culture sur milieu Bactec 12B et sur tube MGIT. Source : Rohner EJCMID 2000.

 

Système testé

No. (%) de cultures positives par système avec:

Référence
  Toutes M. tuberculosis
  test 12B  test 12B
BACTEC 9000 338 (75) 390 (87) 247 (84) 272 (92) Pfyffer GE
ESP 130 (87) 121 (81) 47 (89) 49 (92) Woods GL
MB/BacT 63 (86) 67 (92) 59 (88) 62 (93) Rohner P
MB/BacT 39 (89) 40 (91) 23 (96) 24 (100) Benjamin WH
MGIT 4ml 137 (76) 158 (88) 92 (81) 101 (89) Pfyffer GE
MGIT 4ml 152 (85) 151 (85) 27 (90) 28  (93)    Badak FZ
MGIT 7ml 89 (90) 90 (91) 76 (93) 80 (98) Rohner P
Septi-Chek AFB 186 (95) 177 (91) 43 (96) 22  42 (93) Isenberg HD

Tableau 3.- Sensibilité du BACTEC 460 et d’autres systèmes. 

 

Système testé

Temps (jours) moyen de détection

Référence
  contaminé M. tuberculosis M. avium
  test 12B  test 12B test 12B
BACTEC 9000 8.3% 5.8% 16 15 11 6 Pfyffer GE
ESP 8.6% 4.0% 16 17 11 14 Woods GL
MB/BacT 9.4% 2.9% 18 14 Rohner P
MB/BacT 7.0% 4.1% 14 12 14 10 Benjamin WH
MGIT 4ml 7.3% 7.8% 14 14 7 9 Pfyffer GE
MGIT 4ml 5.6% 3.9% 11 8 Badak FZ
MGIT 7ml 10.9% 4.5% 16 15 Rohner P
Septi-Chek AFB 4.5% 4.7% 22 19 19 7 Isenberg HD

Tableau 4.- Temps de détection du BACTEC 460 et d’autres systèmes.

 

Fig 8 : Temps de détection du BACTEC 12, du MGIT et des milieux solides. Source : Rohner P. EJCMID 2000.

 

Fig 9 : Temps de détection du BACTEC 460, du MB/BacT et des milieux solides. Source : Rohner P. JCM 1997:3127.

Toutes ces études nous ont conduit à choisir le système BACTEC 960 avec milieu MGIT 7ml dont les pricipaux avantages sont les suivants :

  • Sensibilité comparable au milieu BACTEC 12B

  • Contamination acceptable

  • Rapidité de détection comparable au BACTEC 460

  • Détection sans substrat radioactif

  • Degré d’automatisation

  • Incubateur intégré

  • Encombrement réduit

  • Inoculation sans aiguilles.

Si la culture reste très utilisée pour le diagnostic de la tuberculose, la biologie moléculaire a permis des avancées considérables. La figure 10 compare les principes de deux méthodes d'amplification génique commerciales.
 

Fig 10 : Principe de l'amplification génique par PCR (Amplicor, Roche) et par Ligase Chain Reaction (LCx®, Abbott)

Plusieurs études ont permis d'évaluer les performances de ces tests rapides (tableaux 5, 6 et 7).
 

 

Culture M. tuberculosis

NEGATIF POSITIF TOTAL
LCx NEGATIF 1'878  9 1'887
POSITIF 45 69 114
TOTAL 1'923 78 2'001

Tableau 5.- Comparaison sur 2001 échantillons des performances du test LCx et de la culture pour la détection de M. tuberculosis (Genève et Zurich, 1997).

Ces données permettent d'établir les performances du test LCx :
Sensibilité : 89%
Spécificité : 98%
Valeur prédictive positive : 61%
Valeur prédictive négative : 99%.

Méthode # testés # et % culture positifs Sensibilité  Spécificité  Référence
MTD 938 78 (8%) 95% 96%  Pfyffer JCM 1994
MTD 717 24 (3%) 83%  99%  Bodmer JCM 1996
PCR 7'194 654 (9%)  82%  96%  Bennedsen JCM 1996
LCx 520 172 (33%)  90%  93%  Ausina JCM 1997
LCx 511 82 (16%) 94%  92%  Tortoli JCM 1997
LCx 482 118 (24%)  90%  98%  Lindbrathen JCM1997
LCx 2'001 78 (4%)  89%  98%  Rohner JCM1998

Tableau  6.- Performances des tests rapides pour la détection du Complexe M. tuberculosis (MTD : TMA, transcription-mediated amplification, Gen-Probe ; PCR : Amplicor, Roche ; LCx : Ligase Chain Reaction, Abbott). 

Méthode Nombre testé #  et % cult.+;BAAR- Sensibilité  Référence
test  microscopie
MTD  938 20 2.1% 80% 74% Pfyffer JCM 1994
PCR  7'194 202 2.8% 61% 69% Bennedsen JCM 1996
LCx 1'440 65 4.5% 85% 49% Leckie ASM 1996
LCx 2'001 20 1.0% 82% 63% Rohner JCM 1998

Tableau 7.- Performances des tests rapides pour la détection du Complexe M. tuberculosis; BAAR absent ( BAAR : bacilles acido-alcoolo-résistants en microscopie).

La figure 11 montre que la tuberculose n'est de loin pas la seule mycobactérie détectée au laboratoire de bactériologie de Genève. Le tableau 8 présente quelques unes des espèces qui peuvent être isolées.
 

Fig 11 : Cultures de mycobactéries positives à Genève de 1989 à 2001 (Cmtbc : Complexe M. tuberculosis ; MOTT : mycobacteria other than tuberculosis, autres mycobactéries).

 

Classe Complexe Pigmentation Croissance Exemples
Tuberculosis Ø lente M. tuberculosis
Lèpre Ø Ø M. leprae
I Photochrome lente M. marinum, M. kansasii
II Scrofulaceum Scotochrome lente M. scrofulaceum
III  Avium Ø lente M. avium, M. intracellulare
IV Fortuitum Ø rapide M. fortuitum, M. chelonae

Tableau 8.- Classification des Mycobactéries selon Runyon.

Deuxième partie : la lèpre

Histoire de la lèpre

Dans la Bible, on déclare les lépreux "impurs".
Selon Mahomet, il faut "fuir les lépreux comme on fuit un lion".
En Espagne, au Moyen Age, on déclare les lépreux légalement morts.
En Norvège, jusqu'à la fin du 19ème siècle, on attache des cloches au cou des lépreux.

Biologie de la lèpre

Agent : Mycobacterium leprae (Bacille de Hansen).

Habitat : strictement humain.

Transmission : interhumaine, principalement sécrétions nasales et sécrétions oropharyngées ou lésions cutanées ulcérées (lèpre lépromateuse).

Incubation : 2 à 5 ans.

Prévalence de la lèpre

Les tableaux 9 et 10 fournissent quleques chiffres-clé sur l'incidence de la lèpre.
 

  Suisse USA Monde
1985   361 10'000'000
1991   154 5'500'000
1993 1 187  
1994 0 136  
1995 6   1'800'000

Tableau 9.- Evolution de l'incidence de la lèpre.
 

Pays Nombre de cas par 100'000 Prévalence Couverture traitement
Inde 1'000'000 9.0 75 %
Brésil  175'000  10.0 64 %
Bangladesh  136'000  1.2  98 %
Indonésie  84'000  2.3  95 %
Nigéria  30'000 2.2  98 %
Zaïre  30'000  1.9  74 %
Soudan  25'000  1.7 97 %
Népal 25'000 7.6  89 %
Philippines  20'000  2.5  100 %
Ethiopie  18'000  2.2  83 %

Tableau 10.- Epidémiologie de la lèpre dans les pays d'endémie. Source : Bull OMS 1995. 

Cas clinique de lèpre à Genève

Patiente née le 26/10/1926, hospitalisée HUG le 26/6/1995
Tuméfaction importante du visage depuis janvier '95
Anamnèse : origine mauricienne, elle retourne 1 x / an à l'île Maurice
1993 : crise de goutte
1994 : hypertension artérielle, diabète.

Présentation à l'admission : plaques érythémateuses, bien délimitées 1 à 4 cm au dos et aux jambes, macules dépigmentées
Trouble de la sensibilité thermo-algique
Biopsie cutanée : infiltrations granulomateuses, BAAR +

Diagnostic : Lèpre type borderline.

Traitement : Dapsone, rifampicine, prednisone.

Aspects cliniques
  

Degré Pieds et mains Yeux
Absence d'anesthésie, absence de déformation ou de lésion Absence de problèmes oculaires
Anesthésie, absence de déformation ou de lésion  Présence de problèmes oculaires,
aucune baisse d'acuité (> 0.1)
Présence d'une déformation
Présence d'une lésion visible 
Forte baisse de l'acuité visuelle (< 0.1)

Tableau 11.- Classification selon l'OMS des incapacité dues à la lèpre (Bull OMS 1995).

Diagnostic de la lèpre

Biopsie de la peau : histologie, coloration de Ziehl Neelsen modifiée.

Aucune culture a été obtenue sur milieu artificiel ou en culture cellulaire.

Tests cutanés (intradermoréaction à la lépromine) : pas de valeur diagnostique mais permettent la classification.

Traitement de la lèpre (uniquement en association)
 

Substance Disponible depuis Contrainte
1. Dapsone (Disulone ®) 1943  
2. Rifampicine (Rimactan ®) 1970 [1$/jour]
3. Clofazimine (Lamprène ®)   [peau rouge-noire]
4. Protionamide (Treventix ®) ou Ethionamide (Trecator ®) 1958 [hépatotoxique]
Quinolones    
Minocycline    

Tableau 12.- Principaux agents thérapeutiques actifs sur le bacille de Hansen.

Conclusion

Grâce à la polychimiothérapie, 6,7 Mio de malades ont été guéris dont 2,5 Mio d'anciens cas et 4,2 Mio de nouveaux cas.
Ainsi la polychimiothérapie a permis d'éviter 1 à 2 Mio de nouveaux cas d'incapacité imputable à la lèpre.

Troisième partie : les légionelloses

Histoire de la légionellose

En 1976, à Philadelphie, lors d'un congrès de l'American Legion, plus de 200 participants sont frappés de pneumonie foudroyante, dont 40 cas mortels. En 1977, description d'une nouvelle espèce bactérienne responsable de cette "maladie des légionnaires": Legionella pneumophila.

Espèces de Legionella

On dénombre 41 souches de léginnelles, dont la moitié sont pathogènes pour l'homme et 18 connues pour provoquer des pneumonies (tableau ).

L. micdadei 1943
L. bozemanii 1959
L. pneumophila 1977
L. dumoffii 1978
L. longbeachae 1980
L. jordanis 1978
L. gormanii 1978
L. feeleii 1981
L. hackeliae 1981
L. maceachernii 1979
L. wadsworthii 1981
L. birminghamensis 1986
L. cincinnatiensis 1982
L. oakridgensis 1981
L. anisa 1981
L. sainthelensi 1981
L. tucsonensis 1984
L. lansingensis 1987

L. Micdadei est moins virulent, colonise peu l'eau mais peut provoquer des infections graves chez les immunodéprimés, même si le taux de mortalité est moindre.
L. pneumophila: 14 sérotypes (80% des cas dus au sérotype Lp1).

Importance de la légionellose

La légionellose est responsable de 2-15% des pneumonies communautaires en Europe et aux États-Unis (Murder RR et al. Semin Respir Infect 1989;4:32). Les légionelles comptent parmi les s 3 agents infectieux les plus fréquents de pneumonies communautaires (Stout JE et al. NEJM 1992;326:151).

La légionellose cause 35-50% des pneumonies chez les transplantés (Chow J and Yu VL. Sem Resp Infect 1998;13:132).

Taux de mortalité : 5-25% (Maston BJ et al. Arch Intern Med 1994;154:2417).

La légionellose en Suisse

Déclaration au médecin cantonal et à l‘OFSP
Par le laboratoire,
Par le médecin traitant.

Recherche du réservoir
Est pratiquée systématiquement dans les cas nosocomiaux, professionnels ou thermaux, mais pas dans les "cas sporadiques".
Surveillance de l‘eau uniquement dans des secteurs à haut risque.

Surveillance des cas liés au voyage : http://www.ewgli.org

Fig 12  : La légionellose en Suisse : évolution de l'incidence entre 1988 et 1994 (n = 174). Source : Office Fédéral de la Santé Publique " Légionelles et Légionelloses" 1999.

 

Fig  13 : La légionellose en Suisse : répartition des cas déclarés entre 1995 et 1998 (n = 174). Source : Office Fédéral de la Santé Publique " Légionelles et Légionelloses" 1999.

Réservoirs de Legionella

L‘eau potable représente un réservoir important : Stout JE et al. NEJM 1992;326:151.

L'aspiration est le mode de transmission principal : Blatt SP et al. Am J Med 1993;95:16; Venezia RA et al. Infect Control Hosp Epidemiol 1994;15:529.

6% (0-22%) des maisons sont contaminées : Stout JE et al. Epidemiol Infect 1992;109:49.

Facteurs de risque

Tabagisme, COPD (maladie pulmonaire obstructive chronique)
Alcoolisme
Stéroïdes
Thérapie immunodépressive
Chirurgie
Transplantation des organes solides
(SIDA) : atteinte plus grave (abcès, infections extra-pulmonaires, bactériémie).

Manifestations cliniques

Incubation : 3-10 jours.

- Pneumonie
-
Fièvre, malaise, anorexie, céphalées, toux peu productive
- Douleurs pleurales, hémoptysies
- Diarrhées dans 20-40% des cas
Hyponatriémie.

Autres présentations
Fièvre de Pontiac
Manifestations extrapulmonaires : elles sont rares et peuvent prendre la forme d'une sinusite, d'une pancréatie, d'une péritonite, d'une pyélonéphrite ou d'une bactérémie.
Infections cardiaques : les myocardites, péricardites, les syndromes de postcardiotomie, les endocardites des valves artificielles sont généralement d'origine nosocomiale et liées à une intervention de chirurgie cardiaque (eau contaminée).
On a également mis en cause des plaies infectées, le contact avec des corps étrangers contaminés et les
bains Hubbard utilisés en hydrothérapie.

Examens radiologiques

Les symptomes cliniques précèdent les signes radiologiques. Habituellement, on constate à la radiographie un infiltrat alvéolaire unilatéral qui progresse très rapidement pour devenir bilatéral. Un épanchement pleural est observé dans 30 % des cas (figure 14). Dans les cas graves, on peut observer des images pseudo tumorales. Les radiographies ne sont ni totalement atypiques, ni spécifiques (Tan et al. CHEST 2000;117:398).

On notera qu'en cas de guérison, les anomalies radiologiques peuvent persister plusieurs mois.
 

Fig 14 :  Progression rapide d'une légionellose due à L. pneumonia, avec à gauche une infection unilatérale et deux jours plus tard, une infection bilatérale. A : à l'admission, un patient emphysémateux montre à la radiographie un infiltrat du lobe inférieur gauche. B : Deux jours plus tard, on note des infiltrats bilatéraux avec épanchement pleural. Source : R. Holzman, MD.

Diagnostic au laboratoire

Les principales méthodes de diagnostic in vitro et leurs performances sont rassemblées dans le tableau 13.

Test  Sensibilité Spécificité
Culture*  80%  100%
Coloration fluorescente 33-70% 96-99%
Test d‘antigène urinaire 70% 100%
Test sérologique  40-60% 96-99%

Tableau 12.- Principales méthodes de mises en évidence des légionelles au laboratoire.  * Culture indépendante de la qualité de l'expectoration. Filtration, reste positive pendant des semaines. Le dosage de l'antigène urinaire utilisé à l'Hôpital de Genève n'est pas uniquement spécifique pour Lp1, mais pour tous les sérotypes de L. pneumophila.

L. pneumophila peut parfois être mise en évidence par la coloration de Gram dans les prélèvements cliniques (figure 15). Les colorations de Dieterle et de Gimenez peuvent être utilisées pour metrre en évidence les légionelles dans les tissus.

 

Fig 15 :  Coloration de Gram d'un expectorat du tube orotrachéal d'un patient présentant un abcès pulmonaire dû à Legionella pneumophila. On note la présence de bâtonnets faiblement colorés et Gram négatifs à l'intérieur des neutrophiles. 

La culture est largement utilisée et confirmée par immunofluorescence (figure 16).

 
La figure 1 montre des colonies de Legionella cultivées sur BCYE (Buffered Charcoal Yeast Extract), une plaque d'agar contenant du charbon de bois et d'éléments nutritifs. L'aspect des colonies en verre fritté est caractéristique de cette espèce. L'identification doit être confirmée par immunofluorescence directe.  La figure 2 montre une image typique de recherche rapide par immunofluorescence directe sur un échantillon de sécrétions bronchiques étalé directement sur la lame.

 Fig 16 :  Diagnostic microbiologique de Legionella.

Options thérapeutiques

Les antibiotiques utilisables figurent dans le tableau 13. Un retard dans l'instauration du traitement a un impact négatif sur le pronostic (Heath CH et al. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 1996;15:286-90). La durée de traitement est normalement de 2 semaines, de 3 semaines chez les immunosupprimés. Avec l'azythromycine, 5 à 7 jours suffisent.L'érythromycine a constitué le traitement de choix lors des premières épidémies mais est aujourd'hui peu prescrit en raison de ses effets secondaires sur le tractus gastro-intestinal et ses interactions avec les enzymes hépatiques. L'azythromycine s'accumule dans les cellules et possède un bon pouvoir de pénétration dans le tissu pulmonaire. La rifampicine est administrée en association avec un macrolide ou une fluoroquinolone dans les cas graves. Les fluoroquinolones constituent le traitement de choix chez les transplantés, en raison de l'absence de risque d'interactions au niveau du foie. La tétracycline a été utilisée lors de l'épidémie historique de Pittsburgh, mais la doxicycline a la même action.

 

Antibiotique Dose
Erythromycine 4 x 1g iv or 4 x 500 mg per os
Azithromcine 1 x 500 mg
Clarithromycine 2 x 500 mg
Levofloxacine 2 x 500 mg per os/iv
Ciprofloxacine 2 x 400 mg iv/2 x 750mg per os
Ofloxacine 2 x 400 mg per os/iv
Doxycycline  2 x 100 mg per os/iv
Rifampicine 600 mg per os

Tableau 13.- Antibiotiques actifs sur les légionelles.

Prévention

Qualité du système sanitaire.
Température de l‘eau au robinet <20° et >50°.
Surveillance de la qualité de l‘eau.
Suspicion clinique et tests de laboratoire adéquats.
Mesures préventives de protection dans les zones à risque
; installer des filtres d'eau.

Eradication?

„Superheat and flush" : coûteux.
Chlorination : toxique.
Ionisation (cuivre et argent) : efficacité à prouver.
Irradiation UV : action localisée.
Révision du système sanitaire : coûteux.

Conclusions

Legionella: un pathogène important dans la pneumonie.
Antigène urinaire : diagnostic facile.
Route de l‘infection : aspiration de l‘eau potable.
Dose infectieuse : pas définie.
Keep a private and a public eye!

Quatrième partie : Chlamydia pneumoniae, Mycoplasma pneumoniae

Pouvoir pathogène chez l'homme

C. pneumoniae 
Pneumonies atypiques, maladie respiratoire supérieure, maladie cardiovasculaire, arthrite.
Pneumonies chez
les enfants après 10 ans et jeunes adultes. Peuvent être associées à une pharyngite (0,5 à 7%), une bronchite aigue (5-10%), des sinusites et des otites.
50% de la population > 20 ans possèdent des anticorps et cette proportion passe à 80% chez les patients agés.

M. pneumoniae 
Pneumonies atypiques limitées à la muqueuse respiratoire (plutôt bronchopneumonie), maladie respiratoire supérieure, anémie hémolytique, encéphalite.
Pneumonies chez enfants 5-15 ans et jeunes adultes. Peuvent être associées à une pharyngite, otites.
70% de la population > 10 ans possède des anticorps.

Espèces

C. pneumoniae
Parasite intracellulaire obligatoire.
Genre : Chlamydophila
3 espèces : C. pneumoniae, C. psittaci et C.pecorum
C. pneumoniae isolée chez l ’homme, le koala et le cheval:
Selon la spécificité d’hôte, les souches sont regroupées en trois biovars : Twar, Koala et Equine.
Chlamydophila pneumoniae biovar TWAR = Chlamydia pneumoniae

M. pneumoniae 
Classe des Mollicutes.
Organisme pléomorphique car absence de parois bactériennes.
Isolé la 1ère fois en 1898 d’un échantillon bovin ayant une pleuropneumonie, 1ers cas humains décrits en 1938 par Reimann à Philadelphie.
Génome bactérien le plus petit connu : 800kb complètement séquencé.

Diagnostic au laboratoire

C. pneumoniae
Culture cellulaire : peu sensible et longue.
Sérologie (micro-immunofluorescence - MIF) : une infection aigue se traduit par une augmentation de 4 fois du titre IgG ou par un titre isolé IgM > 16 ou encore par un titre IgG>512 ; une infection ancienne correspond à un titre IgG entre 16 et 512.
PCR : de nombreux tests PCR sont  décrits dans la littérature, pas de tests commercialisés standardisés disponibles.

M. pneumoniae 
Culture longue, une à plusieurs semaines sur milieu spécifique contenant du stérol.
Agglutinine froide : fixation des IgM aux hématies et agglutination à faible température malgré un anticoagulant, détectable dans 50% infections sévères.
Sérologie : la fixation du complément détecte les IgG et IgM spécifiques. Une augmentation du titre de 4 fois est indicative d’une infection.
PCR : de nombreux tests PCR sont décrits dans la littérature, pas de tests commercialisés standardisés disponibles.

PCR quantitative (Taqman) au Laboratoire Central de Bactériologie de l'Hôpital de Genève

Echantillons pouvant être testés :
Frottis gorge et nasopharynx (chez enfant)
Expectoration
Liquide de lavage broncho-alvéolaire

Extraction de l'ADN :
Si expectoration : inactivation à la N-acetyl-L-cystéine
Lyse : Triton+Protéinase K
Extraction : Phénol/Chloroforme/alcool isoamylique
Précipitation à l ’éthanol.

C. pneumoniae :
Fragment Pst1 de 465pb (Campbell and al. J of Clin. Microbiol. (1992))
Amplicon de 75pb
Sonde Taqman : Marquage en 5’ FAM et en 3’ TAMRA

M. pneumoniae :
Gène cytadhesin P1de 5169pb (Su and al. Infect.Immun. 1987)
Amplicon de 122pb
Sonde Taqman : Marquage en 5’ FAM et en 3’ TAMRA

Volume réactionnel : 20µl (5 µl d ’ADN extrait)

Contrôles positifs:
1pg d’ADN de Chlamydia pneumoniae : Cycle 18
1pg d ’ADN de Mycoplasma pneumoniae : Cycle 17

Contrôles d ’inhibition : ADN plasmidique avec le fragment d ’amplification clôné :
0.1pg d ’ADN de plasmide pour Chlamydia pneumoniae : Cycle 21-22
0.1pg d ’ADN de plasmide pour Mycoplasma pneumoniae : Cycle 20-21

Cinquième partie : B. pertussis

Morphologie : en plus de la capsule et des pili, on trouve sur les souches virulentes une hémagglutinine filamenteuse qui permet l'adhésion sur les cellules de l'épithélium cilié de la trachée.

Culture : lente et délicate à une température optimale de 35°C sans CO2, avec humidité. Le milieu classique de Bordet-Gengou est actuellement remplacé par un milieu au charbon de bois et extraits de levure, enrichi ou non par 5% de sang défibriné (cheval ou mouton) et additionné de céfalexine pour le rendre sélectif. Les colonies apparaissent en 2 à 4 jours. En isolement frais elles sont en charbon de bois et extraits de levure, enrichi ou non par 5% de sang défibriné (cheval ou mouton) et additionné de céfalexine pour le rendre sélectif. Les colonies apparaissent en 2 à 4 jours. En isolement frais elles sont en phase I : lisses (S) ou muqueuses (M), très petites, brillantes, grises = aspect en "goutte de mercure" et hémolytiques. Très vite, lors des repiquages, elles passent en phase II, III puis IV, devenant de plus en plus plates et rugueuses en perdant leur virulence.

Pouvoir pathogène : B. pertussis est l'agent de la coqueluche, maladie infectieuse et contagieuse strictement humaine. Atteint le plus souvent les nourrissons (chez lesquels l'infection peut être mortelle) et les enfants de moins de 5 ans, elle devient plus rare par la suite.
Après une incubation de 8 jours, la coqueluche évolue de manière caractéristique en 3 phases :

Phase catarrhale (10-15 jours) : écoulement nasal, fièvre, toux sèche (tenace et nocturne).

Phase paroxystique (2-3 semaines) : quintes de toux spasmodiques, reprise du souffle sifflante "cri du coq", expulsion de gros flocons de mucus. Chez le nourrisson possibilité d'asphyxie.

Phase de convalescence (2-3 semaines, voire plus) : atténuation graduelle de tous les symptômes.

Epidémiologie : en Europe, l'incidence de la coqueluche a beaucoup baissé grâce à la vaccination. Elle est en augmentation aux Etats-Unis et en Australie où la vaccination tend à être abandonnée.

Traitement : prophylactique, par vaccination dès le 3e mois de la vie et curatif par érythromycine et sédatifs de la toux.

Diagnostic au laboratoire : la recherche de B. pertussis et B. parapertussis doit être réalisée le plus tôt possible (pendant la phase catarrhale si possible).

Sécrétions naso-pharyngées ou écouvillon naso-pharyngé, sécrétions bronchiques. Tous les autres prélèvements sont médiocres.

L'amplification génique (PCR) est devenue la méthode de choix.

Cultures sont toujours possibles (milieu de charbon de bois et extraits de levure) mais sont moins sensibles que la PCR.

Identification :
Examiner les cultures quotidiennement à la loupe pour noter l'apparition des colonies en "goutte de mercure".
L'identification proprement dite se fait par agglutination ou par immunofluorescence sur les colonies.

Malgré la diminution considérable de la coqueluche par la vaccination des nourrissons (>95%), Bordetella pertussis (BP) continue à circuler chez les enfants plus grands et les adultes. Nous rapportons ici les leçons suggérées par une mini-épidémie de coqueluche dans un foyer d'accueil genevois en juillet 2001.

2 bébés (1 mois, non vacciné et 5 mois,1 seul vaccin) vivant dans un foyer de 29 personnes (16 adultes, 13 enfants) ont été hospitalisés le même jour pour toux et état fébrile. Une PCR est revenue positive pour BP dans les sécrétions naso-pharyngées. Deux semaines plus tard, un troisième bébé (8 mois, 2 vaccins) présente une coqueluche, motivant un dépistage par PCR sur frottis naso-pharyngé de tous les membres du foyer. Les PCR sont revenues positives chez 2 adultes (la maman du bébé  de 5 mois et une jeune fille de 19 ans sans enfant) et chez une  fillette de 2 ans (3 vaccins seulement), tous asymptomatiques (suivi de 40 jours). Après traitement préventif (clarithromycine pendant 2 semaines) de tous les membres du foyer, aucun cas supplémentaire n’est survenu.

Conclusion : cette mini-épidémie, favorisée par les contacts proches (mères et enfants dans une chambre commune, célibataires en chambres individuelles, 2 repas communs par jour), illustre la persistance de la circulation de BP, sa contagiosité, le risque que fait courir tout retard de vaccination des nourrissons (2/3 insuffisamment vaccinés) et l’utilité d’une prévention antibiotique en cas de contact proche (personnes sous le même toit).


Dernière révision: 10.06.05

10.06.05