Les marqueurs cardiaques dans les syndromes coronaires aigus et dans l'insuffisance cardiaque

Marie-José BUGUGNANI et Gérard LEROY
Laboratoire de Biochimie
Centre Hospitalier Poissy/Saint-Germain-en-Laye
20, rue Armagis -
78105 Saint-Germain-en-Laye

bugugnani@chi-poissy-st-germain.fr

Sommaire

Les syndromes coronaires aigus
A) Définition et physiopathologie 
B) Signes cliniques, examens complémentaires et conduite à tenir 
C) Marqueurs biologiques
CK et isoenzymes 
Myoglobine
Troponine
Algorithme de décision

L’insuffisance cardiaque
A) Epidémiologie, étiologie et physiopathologie 
B) Symptômes et signes cliniques de l’insuffisance ventriculaire gauche 
C) Examens complémentaires
D) Intérêt du dosage du BNP
E) Peptide Natriurétique de type B (BNP)
Intérêt physiopathologique 
Rôle physiologique 
Mécanisme d’action 
Méthodes de dosage 
Influence des conditions de prélèvement et conservation 
Valeurs usuelles en fonction de l’âge et du sexe 
Intérêt du dosage

Première partie : les syndromes coronaires aigus

A. Définition et physiopathologie 

Les syndromes coronaires aigus regroupent l'angor instable et l'infarctus aigu du myocarde. Ils s'opposent à l'angor stable qui est lié à la présence d'un rétrécissement athéromateux réduisant la lumière d'une artère coronaire (diminution du diamètre d'au moins 50 %) et qui est à l'origine d'une ischémie myocardique uniquement en cas d'augmentation des besoins en oxygène du myocarde (angor d'effort). 

Le mécanisme princeps fondamental à l'origine d'un angor instable ou d'un infarctus est la fissuration d'une plaque d'athérome en règle jeune, peu saillante dans la lumière coronaire (et par conséquent le plus souvent asymptomatique) (1). Le résultat de cette fissuration est la pénétration de sang dans la paroi artérielle (hématome intra-pariétal) qui accroît brutalement le degré de rétrécissement et entraîne la formation d'une thrombose en réaction à l'exposition de la matrice aux éléments sanguins (2). Cette thrombose peut être essentiellement plaquettaire (thrombus blanc retrouvé le plus souvent dans l'angor instable et l'infarctus sans onde Q) ou fibrino-cruorique (thrombus rouge classique de l'infarctus avec onde Q). Cette thrombose aiguë, occlusive ou sub-occlusive, entraîne une ischémie myocardique au repos (en dehors de toute augmentation de la consommation en oxygène du myocarde) et par conséquent une douleur angineuse spontanée (par opposition à la douleur d'effort de l'angor stable).

La définition anatomo-pathologique de l'infarctus reste la mort des cellules myocardiques (avec lyse de la membrane cellulaire) ou nécrose. En pratique clinique, la définition de l'infarctus est biologique. La découverte récente de marqueurs très sensibles de nécrose, telle la troponine qui peut détecter un infarctus de l'ordre du gramme, a conduit à élargir le cadre de l'infarctus du myocarde, au détriment de l'angor instable qui ne s'accompagne pas d'une mort cellulaire (3-6). 

Il importe de retenir que, bien que la définition de l'infarctus soit biologique, l'attitude thérapeutique initiale va dépendre du tableau clinique et de l'aspect électrocardiographique (7-8). 

B. Signes cliniques, examens complémentaires et conduite à tenir (figure 1) 

On doit évoquer un syndrome coronaire aigu devant une douleur thoracique d'allure angineuse (typiquement rétrosternale, constrictive, pouvant irradier aux membres supérieurs, au cou ou dans le dos), survenant au repos ou aux efforts minimes, chez un sujet qui était asymptomatique auparavant ou qui avait un angor stable. La douleur est en règle prolongée (20 minutes) et résiste à la prise de trinitrine sublinguale. Lorsque la douleur a tendance à céder spontanément, son caractère répétitif dans les heures ou jours suivants est en faveur d'un obstacle sub-occlusif(thrombus faisant clapet), phénomène qui précède souvent de peu l'occlusion coronaire totale.  Devant une telle douleur, le premier examen à réaliser en urgence est un électrocardiogramme. Lorsque celui-ci peut être effectué pendant la douleur, il est toujours pathologique. Par contre, lorsque la douleur a cédé spontanément, le tracé peut être normal dans environ 30 % des cas. Un électrocardiogramme normal n'élimine donc pas un syndrome coronaire aigu et doit conduire à l'hospitalisation immédiate lorsque l'interrogatoire est suffisamment suggestif. 

- Syndromes coronaires aigus avec sus-décalage du segment ST.

Le sus-décalage du segment ST (lésion sous-épicardique) traduit une souffrance ischémique de toute l'épaisseur du myocarde (ischémie transmurale) en rapport avec l'occlusion complète d'une artère coronaire. L'évolution électrocardiographique se fera secondairement (à partir de la 6e heure) vers l'apparition d'une onde Q de nécrose qui sera en règle définitive et permettra ultérieurement de poser le diagnostic d'antécédent d'infarctus. Il est démontré que l'ischémie myocardique qui suit l'occlusion d'une artère coronaire est en partie réversible au cours des 12 premières heures lorsqu'on rétablit le flux artériel. Au-delà de ce délai, l'ischémie est irréversible et débouche sur la constitution d'une nécrose complète de la zone exposée. Or, c'est l'étendue de l'infarctus qui conditionne le pronostic. La nécrose se traduit en effet par la perte de la fonction contractile du myocarde (akinésie) à l'origine d'une insuffisance cardiaque qui est la première cause de mortalité de l'infarctus. Il importe donc de rétablir le flux sanguin dans la coronaire le plus tôt possible afin de limiter l'étendue de l'infarctus. La reperméation coronaire se fera par un moyen pharmacologique (thrombolyse intraveineuse) ou par angioplastie. Toutes les études ont montré que le bénéfice de la reperfusion coronaire était inversement proportionnel au délai écoulé depuis le début des symptômes. La mortalité de l'infarctus diminue de 50 % lorsqu'une thrombolyse peut être débutée dans la première heure alors que le gain n'est que de 10 % entre la 6e et la 12e heure.

En conclusion, dans le contexte d'une douleur angineuse prolongée ne cédant pas à la trinitrine et s'accompagnant d'un sus-décalage du segment ST sur l'électrocardiogramme, il n'est pas question d'attendre les résultats des marqueurs biologiques de nécrose pour prendre la décision de rouvrir l'artère coronaire occluse par thrombolyse ou angioplastie. Les marqueurs biologiques permettront de confirmer le diagnostic. Leur principal intérêt est ici de vérifier, en répétant les dosages, l'efficacité d'une thrombolyse (9) en montrant une élévation rapide avec pic précoce en cas de reperfusion réussie (phénomène de lavage des marqueurs dans la circulation générale lors du brusque rétablissement du flux coronaire). De même, une réascension des marqueurs au cours de l'évolution traduira la réocclusion de l'artère coronaire qui peut être silencieuse cliniquement dans 30 % des cas.

- Syndromes coronaires aigus sans sus-décalage du segment ST

Les syndromes coronaires aigus sans sus-décalage du segment ST traduisent habituellement l'existence d'un rétrécissement coronaire serré mais non occlusif. Il n'y a donc pas d'indication à réaliser une désobstruction coronaire en urgence. Le résultat des marqueurs biologiques prend ici toute son importance dans un but diagnostique et pronostique.

L'échocardiogramme peut montrer un trouble de la cinétique segmentaire du ventricule gauche mais sa sensibilité ne dépasse pas 50 %.

L'électrocardiogramme peut être normal s'il est réalisé en dehors d'une douleur (10). Le plus souvent, il montrera soit un sous-décalage du segment ST (lésion sous-endocardique) soit une négativation des ondes T (ischémie sous-épicardique) mais l'évolution ne se fait pas vers la constitution d'une onde Q.

On parlera d'infarctus sans onde Q (encore appelé infarctus incomplet ou sous-endocardique) s'il existe une élévation des marqueurs de nécrose. Dans le cas contraire, on parlera d'angor instable.

Dans l'infarctus sans onde Q, l'étendue de la nécrose est en règle limitée (3 à 4 fois moins importante que dans l'infarctus avec onde Q). Son mécanisme est multiple : soit occlusion coronaire certes transitoire mais suffisamment répétée pour avoir entraîné la mort cellulaire, soit emboles plaquettaires à partir de la plaque instable et qui vont obstruer des artérioles terminales intra-myocardiques (11).

Bien que la nécrose soit limitée, il est démontré que l'élévation des marqueurs biologiques a une valeur pronostique défavorable (12-14). L'infarctus sans onde Q s'accompagne volontiers de récidives ischémiques dans les jours et semaines qui suivent l'épisode initial, pouvant évoluer vers l'infarctus avec onde Q qui augmente nettement la morbi-mortalité par rapport à l'angor instable sans élévation des marqueurs. Cette morbi-mortalité est corrélée au taux d'élévation de la Troponine (15)

Le diagnostic d'infarctus doit tenir compte de la cinétique des marqueurs biologiques (fig 2). Les marqueurs les plus précoces sont la myoglobine et les isoformes des CK-MB, qui s'élèvent à partir de la 2e heure. La troponine s'élève plus tardivement, à partir de la 4e heure mais reste élevée pendant plusieurs jours ce qui permet de faire le diagnostic de nécrose chez un patient vu tardivement. La myoglobine étant très sensible mais peu spécifique, son élévation isolée n'autorise pas à porter le diagnostic d'infarctus. Elle a par contre une excellente valeur prédictive négative lorsqu'elle est dosée entre la 3e et la 12e heure des symptômes. L'excellente sensibilité et spécificité de la troponine en fait le marqueur de choix pour le diagnostic d'infarctus à condition de savoir répéter les dosages lorsque le patient est vu au cours des 4 à 6 premières heures.

La valeur pronostique de la troponine a conduit à établir un consensus thérapeutique (16-17). En cas d'infarctus sans onde Q, il est recommandé de faire une coronarographie rapide (48e heure) et une revascularisation coronaire par angioplastie (18) qui sera encadrée par un traitement antiagrégant plaquettaire puissant (anti-GPIIb/IIIa) (19-21). En l'absence d'élévation de la troponine (angor instable), le pronostic est ici bien meilleur et l'on peut se contenter d'un traitement médicamenteux classique (aspirine, héparine de bas poids moléculaire (22) et médicaments anti-ischémiques) avant de réaliser au bout de quelques jours des investigations non invasives (ECG d'effort, scintigraphie myocardique, échocardiographie de stress) qui, s'ils mettent en évidence une ischémie myocardique résiduelle, déboucheront sur la coronarographie et une éventuelle revascularisation myocardique.

Fig. 1 : Conduite à tenir devant un SCA.

Références

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20. Braunwald E, Antman EM, Beasley JW, et al. ACC/AHA Guidelines for the Management of Patients With Unstable Angina andNon-ST-Segment Elevation Myocardial Infarction : Executive Summary and Recommendations. A report of the American College of Cardiology/American Heart Assocation Task Force on Practice Guidelines. Circulation 2000 ; 102 : 1193-1209.

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C. Marqueurs biologiques

Les marqueurs biologiques ont évolué ces dernières années vers une plus grande sensibilité donc une positivité très précoce, une plus grande cardio-spécificité et au total un meilleur service rendu par le biol ogiste au cardiologue et au malade. Après l’ère des marqueurs enzymatiques, CK, CKMB, isoformes de la CK, c’est actuellement la myoglobine et la troponine qui sont les paramètres biologiques à privilégier. La CKMB garde sa place lorsque le dosage de troponine n’est pas possible.

Créatine-kinase CK et isoenzymes

Une ischémie aiguë avec nécrose du myocarde provoque une élévation de la CK, qui fait partie des critères de la définition de l’infarctus aigu du myocarde selon l’OMS. La concentration de CK commence à s’élever entre 3 et 8h après la douleur, le pic se situe entre 22 et 26h, et le retour à la normale se fait en 72h.

Mais la créatine kinase (CK) n’a aucune spécificité d’organe : elle est présente essentiellement dans les muscles du squelette et du muscle cardiaque, mais aussi dans d’autres organes, le rein, le foie, le pancréas en particulier. Une concentration basse reflète une faible masse musculaire.

Le dosage de l’isoenzyme CKMB et des isoformes de la CKMM et de la CKMB a amélioré la spécificité myocardique mais elle n’est pas totale.

Aigües
- Traumatisme
- Exercice physique intensif
- Injections IM
- Alcoolisme aigü
- Rhabdomyolyse
- Brûlures étendues
- Hyperthermie maligne
- Infections graves

Chroniques
- Dystrophies musculaires
- Polymyosite, dermatomyosite
- Myocardite
- Hypothyroïdie
- Myopathies congénitales (maladie de Duchenne)

Induites par un médicament ou un toxique
- Cocaïne, héroïne, phénycyclidine
- Hypnotiques, neuroleptiques, antidépresseurs
- Monoxyde de carbone
- Inhalation d’anesthésique (halothane)

Tableau 1. - Causes musculaires d’élévation de la concentration de CK.

Dosage des isoenzymes et des isoformes de la CK

Dans le sérum, la CKMM représente plus de 95% de la CK totale, la CKMB est inférieure à 5% et la CKBB est indétectable. D’autres formes ont été trouvées : des macroCK dont le poids moléculaire est supérieur à 200 kDa : une macro CK de type 1, résultant de la formation d’un complexe isoenzyme – immunoglobuline IgG, plus rarement IgA (7); ou une macroCK de type 2, polymère de CK mitochondriale, elle-même formée de deux sous-unités ;sarcomérique (muscle squelettique) et non sarcomérique (4). C’est une forme instable, difficile à mettre en évidence. La présence de macroCK ne semble avoir aucune incidence clinique. Elles sont trouvées dans le sérum d’environ 4% des patients hospitalisé, plus fréquemment chez la femme âgée (5,9).

 

Type 1

Type 2

Forme de CK

CKBB ou CKMM

CK mitochondriale

Immunogloguline liée

IgG (parfois IgA)

Aucune

Poids moléculaire

340 kDa

250 à 750 kDa

Présence dans le sérum

Persistante

Transitoire

Circonstances pathologiques

Aucune

Cirrhose du foie. Métastases

Tableau 2. - Caractéristiques des macro CK de type 1 et 2.

Fig. 2 : Migration électrophorétique des isoenzymes de la créatine kinase.

Dosage de la CKMB

La technique d’immunoinhibition  a été largement utilisée: après inhibition de la sous-unité M par un anticorps spécifique, l’activité résiduelle B mesurée est multipliée par 2 pour quantifier l’activité CKMB. Cette méthode a l’avantage d’être automatisable, mais elle manque de sensibilité et elle est prise en défaut lorsqu’il existe d’autres formes que la CKMB dans le sérum dosé. Elle a été supplantée par les techniques immunométriques.

Techniques de dosage « massiques » de la CKMB

Elles consistent à doser la CKMB comme une protéine, par une méthode immunométrique grâce à 2 anticorps : un anti-CKMB et un anti CKM ou anti-CKB. L’un des anticorps est fixé sur une phase solide et l’autre est marqué par une molécule fluorescente ou luminescente. On mesure la cinétique d’apparition du composé fluorescent ou luminescent, proportionnelle à la quantité de CKMB présente dans le sérum.

Une standardisation a été validée en 1999 par l’AACC (American Association for Clinical Chemistry (2). Elle permet une meilleure comparaison des résultats des techniques commercialisées.

La comparaison des performances des techniques utilisées tient compte de la rapidité de résultat, dans le cadre de l’urgence cardiologique, de la sensibilité, permettant un diagnostic précoce, et de la spécificité, pour quantifier la forme la plus cardiospécifique.. Les techniques les plus sensibles sont incontestablement les techniques immunométriques, les plus utilisées étant immunofluorimétriques; elles ont aussi l’avantage d’être automatisables avec un résultat obtenu en moins de 30 minutes. Leur limite de détection et de l’ordre de 2 µg/l. Cette sensibilité permet de repérer des cas d’infarctus du myocarde sans onde Q (6).

 

Electrophorèse

Immunoinhibition
(activité enzymatique)

Immunométrie
(masse)

Sensibilité

semi-quantitatif

faible

+++

Précision

 

 

 

Spécificité analytique

++

faible

++

Praticabilité

Faible

automatisable

automatisable

Tableau 3. - Performances des différentes techniques de dosage de la CKMB.

Valeurs de référence

Pour les méthodes basées sur l’activité enzymatique (chromatographie, électrophorèse, immunoinhibition), la limite de la normale de la CKMB est de 10 à 20 U/L. Mais on préfère tenir compte de la concentration de CK totale et calculer le pourcentage de CKMB : il est en général inférieur à 3% . Chez le marathonien, ce pourcentage peut aller jusqu’à 5% (1).

Pour les techniques de dosage immunométrique de la CKMB, les valeurs physiologiques sont inférieures à 6 µg/l, et l’on utilise un Index Relatif pour tenir compte de la concentration de CK totale . Cet index : CKMB x100 /CK totale varie selon la température de mesure de la CK totale . Il est normalement inférieur à 10%. 

Dosage des isoformes de la CKMM et de la CKMB

Les isoenzymes CKMM et CKMB existent dans le sang circulant sous plusieurs isoformes provenant de la dégradation progressive in vivo de leur forme tissulaire par une carboxypeptidase-N sérique, qui clive la lysine C-terminale des sous-unités M. Ainsi, la CKMM comporte trois isoformes : la CKMM3 native, et les CKMM2 et CKMM1 ; la CKMB comporte deux isoformes : la CKMB2 native et la CKMB1 transformée.

Ces isoformes peuvent être séparées par électrophorèse en gel d’agarose à haut voltage, 900 V pendant 6 minutes, puis révélées par réaction enzymatique avec quantification en fluorescence. Le résultat est obtenu en 30 minutes. Cette technique nécessite un équipement particulier.

Intérêt du dosage de la CKMB et des isoformes de la CK dans les syndromes coronaires aigus 

C’est essentiellement au cours de l’infarctus du myocarde (IDM) que les isoenzymes et les isoformes de la CK sont utilisés, soit pour un diagnostic précoce, soit pour le suivi de la reperfusion. La concentration de CKMB augmente dans les 3 à 6 heures qui suivent le début d’un IDM, parallèlement à celle de la CK totale, avec un pic vers H20 et un retour à la normale en environ 72h. Cette cinétique est raccourcie en cas de thrombolyse réussie (3). Elle est plus sensible que la concentration de CK totale mais sa spécificité cardiaque, nettement meilleure que celle de la CK totale, n’est pas parfaite, malgré son amélioration par l’usage de l’Index Relatif.

Une meilleure spécificité est apportée par le dosage des isoformes des isoenzymes, particulièrement le rapport MM3/MM1, ou MB2/MB1 qui s’élèvent 1 à 2 h après la douleur. En fonction du temps après l’IDM, les formes natives sont transformées en MM1 et MB1 les rapport ce normalisent. Mais on observe des faux positifs en cas de traumatismes des muscles squelettiques ou de myopathies (8).

Après une chirurgie cardiaque, la CKMB est naturellement déversée en circulation, ce qui rend difficile le diagnostic d'IDM dans les 48h post-opératoires.

Fig. 3 : Cinétique des isoenzymes et des isoformes de la CK après un infarctus du myocarde.

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Myoglobine

La myoglobine est une protéine de faible poids moléculaire (17,5 kDa) composée d’une chaîne de 153 acides aminés. Elle possède un noyau héminique contenant du fer, identique à celui de l’hémoglobine, et elle est reversiblement oxygénée et désoxygénée. Son affinité pour l’oxygène est supérieure à celle de l’hémoglobine et elle a un rôle de transporteur d’oxygène de la membrane cellulaire aux mitochondries.

Elle est localisée essentiellement dans le cytosol des cellules musculaires squelettiques et cardiaques, sans aucune différence de structure selon la localisation de sorte que sa concentration augmente dans toutes les pathologies musculaires.

Elle peut être mesurée dans le sérum par turbidimétrie ou néphélométrie (3) ou d’une façon plus précise par une méthode immunométrique (5,6).

La valeur supérieure de la normale est d’environ 80 mg/l. Mais il n’y a pas de standardisation et les résultats varient sensiblement d’une technique à l’autre (2).

Elle est utilisée comme marqueur d’infarctus du myocarde depuis 1975 (1). Au cours d’un IDM, elle est relarguée en circulation très précocement, 1 à 2 heures après la douleur, avec un pic entre 6 et 10 heures et un retour à la normale en 24 à 36 heures.

Du fait de sa non-spécificité cardiaque, elle est plutôt utilisée comme marqueur d’exclusion de l’IDM dans les 12 heures qui suivent la douleur (7).

Dans la stratégie actuellement proposée pour le diagnostic d’infarctus du myocarde (11), la myoglobine est utilisée à cause de la précocité de son élévation, malgré sa non-spécificité cardiaque. L’augmentation de la troponine, totalement cardiospécifique, mais d’apparition un peu plus tardive, confirme le diagnostic.

La myoglobine est aussi un bon marqueur pour suivre l’efficacité du traitement de reperfusion : en cas de succès, elle apparaît plus vite dans le sang circulant et son pic est plus précoce, comme l’ont montré les travaux de Ellis (8), Zabel (10) et Laperche (9) : après une thrombolyse réussie, son pic se situe environ 70 minutes après reperfusion au lieu de 340 minutes en cas d’échec, et sa concentration est multipliée par plus de 4,6 fois.

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La troponine

La présence de troponine dans le sang circulant est considérée comme un marqueur très efficace d’un syndrome coronaire aigu, du fait de sa spécificité myocardique, de sa sensibilité et de sa fenêtre diagnostique large.

La troponine (Tn) est un complexe protéique constitutif des myofibrilles, contrairement à la myoglobine et à la CK-MB qui sont à plus de 90 % cytosoliques.. Elle régule la contraction musculaire par l’interaction de l’actine et de la myosine dans le muscle strié squelettique et cardiaque. Elle est formée de 3 sous-unités I,T et C dont les rôles sont différents : la troponine I (TnI) inhibe l’activité ATP-asique du complexe actine-myosine. Elle empêche la contraction en l’absence de calcium. La troponine T (TnT) lie le complexe actine-myosine à la tropomyosine . La troponine C (TnC) fixe le calcium grâce à 4 sites de fixation, ce qui induit un changement conformationnel de la TnI sous une forme étirée . Elle module ainsi l’action de la TnI avec laquelle elle se complexe (20,31).

Fig. 4 : Les complexes de troponine.

Selon le type de muscle, muscle strié à contraction rapide, muscle strié à contraction lente, muscle cardiaque, il existe différentes isoformes de TnI et de TnT. L’isoforme cardiaque de la TnI a un poids moléculaire de 24 KDa et elle comporte 31 acides aminés de plus que les formes squelettiques du côté N- terminal. Ceci a permis de préparer des anticorps monoclonaux parfaitement spécifiques des isoformes myocardiques (8,25). Pour la TnT, on retrouve également des isoformes cardiaques et squelettiques. Par contre, la structure de la TnC n’a aucune spécificité d’organe.

Formes circulantes 

Les formes circulantes sont multiples :TnIc libre, TnTc libre, complexes ternaires TnIc-TnTc-TnC, complexes binaires TnIc-TnC, non ou mono- ou diphosphorylées,formes réduites et oxydées, et fragments de TnIc produits par sa protéolyse(21,24,35). Leur proportion varie avec le temps après IDM : la forme prédominante à plus de 90 % est le complexe binaire I-C (17,41), la TnIc libre cytosolique serait présente en plus forte proportion dans le sérum au tout début de l’IDM.(11) Toutes ces formes sont immunoréactives mais sont diversement reconnues selon les anticorps utilisés dans les systèmes de dosage, ce qui rend difficile leur standardisation (11,41).

Une petite proportion de troponine existe sous forme libre dans le cytosol (23,28). Ce pool plus accessible est le premier à être libéré dans la circulation 3 à 4 heures après un infarctus du myocarde (IDM), alors que la partie liée aux myofibrilles est relarguée pendant 5 à 9 jours pour la TnIc, jusqu’à 14 jours pour la TnTc. Ceci permet un diagnostic précoce ou rétrospectif d’un IDM.

 

TroponineT

Troponine I

Troponine C

Poids moléculaire (Da)

34 500

23 500

18 000

Pool cytosolique

6 à 8 %

5 à 6 %

 

Pool myofibrillaire

90 %

95 %

 

Tableau 4. - Caractéristiques des sous-unités du complexe troponine.

Fig. 5 : Cinétique des marqueurs cardiaques.

Dosage de la troponine

Toutes les méthodes de dosage de la troponine T ou I sont immunométriques, utilisant des anticorps spécifiques de l’isoforme cardiaque. L’un des anticorps est fixé sur un support solide ; il est en général monoclonal ; l’autre, marqué par une enzyme, un fluorophore ou un luminophore, est mono- ou polyclonal. Le signal généré par la réaction est proportionnel à la concentration de troponine de l’échantillon. La plupart des techniques sont automatisées et permettent un résultat en moins de 30 minutes. Certaines sont même réalisées sur des automates de biochimie au moyen d’un module d’immunoanalyse particulier. D’autres systèmes utilisent un appareil portable, pouvant être délocalisé dans les services cliniques .

La limite de détection des techniques les plus utilisées est entre de 0,1 µg/l et 0,2 µg/l(27,30), avec une grande dispersion, de 0,01 à 0,5µg/l du fait de l’hétérogénéité des résultats.

Dosage de la troponine T 

Les techniques de dosage de TnT sont toutes commercialisées par la même firme  et automatisées soit par méthode ELISA sur les analyseurs ES 300 et ES 600, soit par électrochimiluminescence ECLIA sur l’analyseur Elecsys. La première génération de test ELISA n’était pas totalement cardio-spécifique et elle donnait des résultats erronés dans certaines atteintes musculaires comme la dystrophie de Duchenne et dans l’insuffisance rénale chronique, particulièrement chez des patients hémodialysés, où il existe une réexpression de certaines isoformes de TnTc dans le muscle squelettique en régénération. Les anticorps utilisés dans les techniques actuelles de 2ème et 3ème génération ne reconnaissent pas les épitopes concernés (19,34) et sont ainsi tout à fait cardio-spécifiques. Ainsi , une élévation de TnTc chez un patient atteint d’insuffisance rénale chronique correspond réellement à une atteinte myocardique minime (40).

Une seule firme commercialise son dosage, il y a donc une bonne concordance des résultats entre les différentes méthodes:

TnTc Elecsys = 0,94 (TnTc Enzymun test ) + 0,17

Dosage de la troponine I

Le dosage de troponine I est commercialisé par de nombreuses firmes, par des méthodes immunofluorimétriques, immunoenzymatiques ou immunochimiluminescentes (9). Elles utilisent des anticorps monoclonaux différents, reconnaissant les diverses formes circulantes de façon différente (41). Le calibrant utilisé n’est pas encore standardisé, de sorte que les résultats des techniques varient d’une firme à l’autre. Les comités de standardisation de l’AACC (American Association for Clinical Chemistry) et de l’IFCC (International Federation of Clinical Chemistry) (5,10,22) évaluent l’utilisation d’un materiau de référence international composé de complexes binaires. Ceci améliorerait en partie la standardisation, mais ne résoudrait pas les écarts liés à l’immunoréactivité des différentes formes circulantes(38). Il est souhaitable aussi que les anticorps utilisés reconnaissent les formes libres et complexées de façon « équimolaire ».

Influence des modalités de prélèvement

Des différences de résultats ont été mises en évidence selon l’anticoagulant utilisé(41). Wu a montré que l’EDTA chélate le Ca2+ et provoque la rupture des complexes, entraînant ainsi une forte proportion de TnIc libre. La plupart des techniques se font sur sérum ou sur plasma recueilli sur héparine. Certains analyseurs utilisent du sang total sur héparine, grâce soit à une centrifugation intégrée, soit une filtration interne au système. Dans ces deux derniers cas, la réaction proprement dite se déroule sur le plasma.

L’utilisation de plasma hépariné est préférée pour une plus grande rapidité d’exécution et parce que la présence de particules de fibrine provenant d’une coagulation incomplète peut entraîner des faux positifs(7,39).

Cependant, l’héparine semble modifier l’interaction de la troponine avec les anticorps utilisés pour son dosage et les résultats entre le plasma et le sérum ne sont pas identiques : ils semblent plus bas pour le plasma hépariné (16,25,37).

Une centrifugation insuffisante peut conduire à des résultats faussement positifs à cause de débris de membranes des hématies en cas d’hémolyse.

Valeurs usuelles

Dans le cadre des nouvelles recommandations européennes et américaines (1,42), la TnTc et la TnIc sont inférieures à la valeur correspondant au 99ème percentile de la population de référence, avec un coefficient de variation analytique inférieur à 10%, à déterminer par chaque firme.

Intérêt du dosage au cours des syndromes coronaires aigus

Le dosage de troponine est le paramètre actuellement privilégié (6). La présence de troponine au dessus du 99ème percentile suggère un syndrome coronarien aigu , infarctus du myocarde avec ou sans onde Q. Plusieurs études de Antman (3), Galvani (15), Morrow (30), ou Ooi (33),.ainsi qu’une métaanalyse effectuée par Fleming (14) montrent que le risque d’événement cardiaque ultérieur à court ou moyen terme est supérieur chez les patients ayant un taux de TnI ou de TnT détectable. et conduit ainsi à une meilleure stratégie de traitement : héparine à bas poids moléculaire : étude FRISC (27), antiagrégants plaquettaires anti GPIIb/IIIa : étude de Hamm (18), ou, selon la gravité, reperfusion par angioplastie ou thrombolyse.

Fig. 6 : Stratégie de traitement de l’angor instable.

Le dosage peut être effectué très précocement après la douleur et dans ce cas la concentration de TnT ou TnI peut être encore indétectable alors que l’ECG est déjà contributif. Aussi, plus que d’une valeur-seuil pour confirmer le diagnostic, on préfère observer l’évolution de sa concentration entre le moment de la prise en charge du patient et une ou deux heures après. Par contre, une concentration de troponine inférieure à la sensibilité fonctionnelle plus de 6 heures après la douleur permet d’écarter le diagnostic de syndrome coronarien aigu. Cette approche consensuelle conduit à une algorithme de décision basée sur les dosages de myoglobine et de troponine.

La troponine I ou T n’est pas augmentée au cours d’une atteinte musculaire squelettique, c’est donc un marqueur de choix pour le diagnostic d’IDM péri- ou post-opératoire, contrairement aux autres marqueurs biologiques moins spécifiques tels que la CK, la CK-MB ou la myoglobine.

Le dosage de troponine permet aussi de suivre l’efficacité du traitement de reperfusion d’un IDM, en complément des signes cliniques et électriques ou de la coronarographie  : deux heures après une reperfusion réussie, on assiste à un relarguage plus rapide du marqueur (4,43). Plusieurs études ont permis de fixer des seuils de positivité : TnI 0 étant la concentration de TnI avant la mise en œuvre de la thrombolyse, on utilise des rapport de concentration après 90 minutes ou 2 heures, selon les auteurs : TnI 90 / TnI 0 >6 (4), ou TnI 2h / TnI 0 >16 (12).

Autres pathologies cardio-vasculaires

La spécificité myocardique de la troponine I ou T permet d’affirmer, lors de son augmentation dans le sang circulant, qu’il y a une souffrance myocardique sans qu’il y ait forcément ischémie ; c’est le cas d’une myocardite (26), d’une péricardite sévère, d’une cardiotoxicité de médicaments anticancéreux tels que les anthracyclines ou le 5-fluorouracyle (13), ou après une intervention de chirurgie cardiaque ou une contusion cardiaque. 

Infections bactériennes et chocs septiques

Une élévation modérée de troponine I ou T a été observée au cours d’infections bactériennes ou d’un choc septique (2,36,39). La relation entre l’infection et l’élévation de troponine n’est pas encore établie. Il semble qu’au cours du choc septique, l’élévation de troponine corresponde à l’installation d’une insuffisance ventriculaire gauche (29).

Algorithme de décision

Fig. 7 : Stratégie de décision face à une suspicion de SCA.

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Deuxième partie : l'insuffisance cardiaque

Il n’existe pas de définition satisfaisante de l’insuffisance cardiaque (1). La plus communément admise est l’impossibilité pour la pompe cardiaque de maintenir un débit sanguin adapté aux besoins métaboliques de l’organisme.

Le terme d’insuffisance cardiaque aiguë est habituellement synonyme d’un épisode paroxystique d’œdème pulmonaire (dyspnée aiguë en rapport avec un syndrome congestif pulmonaire) qui émaille le plus souvent l’évolution d’une insuffisance cardiaque chronique.

A. EPIDEMIOLOGIE, ETIOLOGIE ET PHYSIOPATHOLOGIE

L’insuffisance cardiaque est un problème de santé publique majeur. On estime que sa prévalence en Europe est de l’ordre de 0,4 à 2 % (2). Sur une population de plus de 900 Millions d’habitants, au moins 10 Millions ont des symptômes d’insuffisance cardiaque et il faut rajouter un nombre équivalent de patients ayant une dysfonction myocardique latente, c’est-à-dire asymptomatique.

La prévalence de l’insuffisance cardiaque augmente rapidement avec l’âge (3), l’âge moyen de la population des insuffisants cardiaques étant de 74 ans. Le vieillissement progressif de la population explique que la prévalence de l’insuffisance cardiaque soit croissante (4).

En l’absence de traitement adéquate et d’une cause curable, le pronostic de l’insuffisance cardiaque chronique est grave puisque la mortalité est en moyenne de 50 % à 4 ans et dépasse 50 % dans l’année au stade d’insuffisance cardiaque sévère (5). Mais le pronostic à long terme est également défavorable chez les patients ayant une dysfonction ventriculaire gauche asymptomatique.

Dans les pays industrialisés, la principale cause d’insuffisance cardiaque chez les sujets de moins de 75 ans est la cardiopathie ischémique. Le mécanisme est ici une dysfonction ventriculaire gauche systolique liée à un trouble de la cinétique segmentaire ou diffus qui est habituellement la conséquence d’un ou de plusieurs infarctus du myocarde. Chez le sujet âgé, on retrouve une proportion croissante d’insuffisance cardiaque d’origine diastolique en rapport avec une hypertrophie et une rigidité du myocarde ventriculaire gauche qui ne se laisse pas distendre lors du remplissage diastolique (troubles de la compliance). La principale étiologie à l’origine de cette dysfonction diastolique est l’hypertension artérielle. A côté de ces deux principales étiologies (cardiopathie ischémique et HTA) (6), il existe de très nombreuses autres causes éventuellement curables : valvulopathies aortique ou mitrale, cardiomyopathie dilatée idiopathique (favorisée par l’alcool), troubles du rythme chronique, affections péricardiques, causes toxiques ou endocriniennes.

La physiopathologie de l’insuffisance ventriculaire gauche associe à des degrés divers un syndrome congestif et un syndrome de bas débit. Quel que soit le mécanisme de la dysfonction ventriculaire gauche (systolique ou diastolique), le premier signe hémodynamique est une augmentation des pressions de remplissage du ventricule gauche (élévation de la pression télédiastolique) qui va retentir sur la circulation pulmonaire (élévation de la pression capillaire signant le syndrome congestif pulmonaire). A un stade plus ou moins tardif, cette hyperpression se répercute sur les cavités droites et la circulation veineuse périphérique donnant alors une insuffisance cardiaque droite associée. En réponse à cette hyperpression, l’organisme va mettre en jeu des mécanismes compensateurs multiples dont le but est de maintenir le débit cardiaque : accélération de la fréquence cardiaque, augmentation de la contractilité, dilatation du ventricule gauche et/ou hypertrophie myocardique. En pratique, ces mécanismes compensateurs sont volontiers insuffisants, ce d’autant que le bas débit cardiaque est aggravé par une vasoconstriction artérielle périphérique (augmentation de la post-charge) dont le but est de préserver une pression artérielle suffisante pour la perfusion des organes les plus nobles (cœur, cerveau et reins). Ainsi se crée un véritable cercle vicieux qui conduit à l’aggravation progressive de l’insuffisance cardiaque. Dans cette tentative de compensation finalement délétère, interviennent des facteurs neuro-hormonaux essentiels tels le système sympathique et l’axe rénine-angiotensine-aldostérone.

B. SYMPTOMES ET SIGNES CLINIQUES DE L’INSUFFISANCE VENTRICULAIRE GAUCHE

Le principal symptôme est la dyspnée et sa gravité est assez bien corrélée au pronostic. La classification habituellement retenue est celle de la NYHA :

Classe I : pas de limitation de l’activité physique ordinaire

Classe II : dyspnée d’effort discrète lors de l’activité physique habituelle

Classe III : dyspnée d’effort importante mais sans symptôme au repos.

Classe IV : dyspnée au moindre effort et au repos.

Cette dyspnée est liée à l’élévation des pressions pulmonaires et sa traduction clinique est la présence de râles crépitants à l’auscultation pulmonaire. Au stade d’insuffisance cardiaque droite associée (insuffisance cardiaque dite globale), le syndrome congestif associe une hépatomégalie douloureuse, un reflux hépatojugulaire et des oedèmes des membres inférieurs.

Le premier symptôme traduisant la baisse du débit cardiaque est la fatigue. Puis apparaissent une chute de la pression artérielle et des signes d'hypoperfusion tissulaire, notamment baisse de la diurèse par hypoperfusion rénale. Le stade ultime du syndrome de bas débit est le choc cardiogénique qui associe un collapsus tensionnel, une vasoconstriction cutanée majeure (peau froide et marbrée), une anurie et des troubles psychiques.

Il faut retenir que les symptômes sont assez mal corrélés avec la sévérité de la dysfonction ventriculaire gauche (7) et avec le pronostic (8).

C. EXAMENS COMPLEMENTAIRES

La radiographie thoracique recherche une cardiomégalie et des signes de congestion pulmonaire (œdème alvéolaire et interstitiel). Cependant, la cardiomégalie est souvent absente dans les tableaux d’insuffisance cardiaque aiguë et dans les dysfonctions diastoliques isolées. De même, chez l’insuffisant cardiaque chronique, l’aspect de la vascularisation pulmonaire est mal corrélé à la pression capillaire pulmonaire.

Si un électrocardiogramme strictement normal permet d’exclure une dysfonction ventriculaire gauche systolique dans plus de 90 % des cas, les signes d’hypertrophie ventriculaire gauche et d’hypertrophie auriculaire gauche ne permettent pas de faire la distinction entre dysfonction systolique ou diastolique et ont une valeur prédictive faible.

L’échocardiographie-doppler est l’examen le plus approprié pour faire le diagnostic d’insuffisance cardiaque. Il permet notamment de mesurer la pression artérielle pulmonaire, le débit cardiaque et de faire la distinction entre dysfonction VG systolique et diastolique. En outre, il permet souvent un diagnostic étiologique : valvulopathie dont il appréciera la sévérité, troubles de la cinétique segmentaire du ventricule gauche en faveur d’une cardiopathie ischémique. Le calcul de la fraction d’éjection ventriculaire gauche

(volume télédiastolique - volume télésystolique
volume télédiastolique) 

est bien corrélé au pronostic de l’insuffisance cardiaque avec dysfonction systolique. Sa valeur normale est > 50 %.

Lorsque l’échocardiogramme ne peut être réalisé pour des raisons techniques (manque d’échogénicité chez 20 % des patients, notamment à cause d’un emphysème pulmonaire), la scintigraphie cavitaire au Technétium permettra le calcul de la fraction d’éjection mais apprécie mal les volumes et ne permet pas de mesurer la pression pulmonaire ni de faire le diagnostic de dysfonction diastolique du ventricule gauche.

Depuis l’utilisation quasi généralisée de l’échocardiographie doppler, le cathétérisme des cavités droites (sonde de Swan-Ganz) dans le but de mesurer la pression capillaire pulmonaire et le débit cardiaque, doit être réservé aux rares cas qui n’ont pu être diagnostiqués par méthode non invasive et aux patients ayant une insuffisance cardiaque réfractaire ne répondant pas à un traitement approprié.

Toutes les autres investigations invasives ou non n’ont pas leur place dans le diagnostic de l’insuffisance cardiaque. Elles ont surtout pour but de préciser une étiologie (coronarographie par exemple) ou d’évaluer le pronostic (mesure du pic de VO2 max à l’effort).

D. INTERET DU DOSAGE DU BRAIN-NATRIURETIC PEPTIDE (BNP)

Le BNP est sécrété principalement au niveau du ventricule gauche, en réponse à une expansion volumique et à une augmentation de pression. Ceci explique qu’il soit un indicateur plus sensible et plus spécifique de dysfonction ventriculaire gauche que les autres peptides natriurétiques (9). Chez le sujet normal, les taux de BNP s’élèvent avec l’âge : 26,2 ± 1,8 pg/ml entre 55 et 64 ans, 31,0 ± 2,4 entre 65 et 74 ans et 63,7 ± 6 à partir de 75 ans. En outre, les taux sont légèrement plus élevés chez la femme (76,5 ± 3,5 pg/ml chez la femme de plus de 75 ans).

Intérêt diagnostique

Les symptômes et les données de l’examen clinique manquent de spécificité chez l’insuffisant cardiaque (10), en particulier chez le sujet âgé ou obèse et lorsqu’il existe une pathologie respiratoire chronique associée. Bien que l’échocardiographie soit le meilleur outil diagnostique, cet examen est rarement réalisable dans le cadre de l’urgence. Or, l’erreur diagnostique chez ce type de patient augmente considérablement la morbi-mortalité (11).

Dans l’étude de DAO (12), le BNP a été dosé chez 250 patients se présentant aux urgences pour une dyspnée. Le diagnostic final a été porté à partir de toute une batterie d’examens sans que les médecins aient connaissance du taux de BNP. La valeur moyenne du BNP était de 1076 ± 138 pg/ml chez les 97 patients ayant une insuffisance cardiaque congestive, de 38 ± 4 pg/ml chez les 139 patients n’ayant aucune insuffisance cardiaque et de 141 ± 31 pg/ml chez les 14 patients ayant une dysfonction ventriculaire chronique sans décompensation aiguë. Lorsque la dyspnée était attribuée à une maladie pulmonaire, le taux moyen de BNP était de 86 ± 39 pg/ml. Ainsi, le dosage du BNP réalisé en urgence devant une dyspnée représente un test diagnostique rapide (résultat obtenu en 15 mn) et précis pour le diagnostic d’insuffisance cardiaque congestive. Une valeur seuil de 80 pg/ml a une sensibilité de 98 %, une spécificité de 92 % et une valeur prédictive négative de 98 %. Chez 30 des 250 patients, le diagnostic porté initialement aux urgences s’est avéré erroné. Le dosage du BNP aurait permis de redresser ce diagnostic dans 29 cas sur 30.

En dehors des dyspnées aiguës, le BNP est également un excellent marqueur de dysfonction ventriculaire gauche. Dans une population de 1653 individus (13) adressés pour bilan cardiovasculaire, un taux de BNP £ 18 pg/ml avait une valeur prédictive négative de 97 % pour le diagnostic de dysfonction ventriculaire gauche systolique. Dans une étude récente de MAISEL (14), le taux de BNP a été corrélé aux résultats de l’échocardiographie. Lorsqu’il n’y avait aucun antécédent d’insuffisance cardiaque, le BNP était de 328 ± 39 pg/ml lorsque l’échocardiogramme montrait une dysfonction VG et de 30 ± 3 lorsque l’échocardiogramme était normal. Chez les patients ayant un antécédent d’insuffisance cardiaque et une dysfonction VG, le taux de BNP était de 545 ± 45 pg/ml. Si la valeur du BNP ne peut différencier dysfonction diastolique et systolique, on peut néanmoins conclure qu’un taux bas de BNP permet d’éliminer toute dysfonction ventriculaire significative.

Aide à l’évaluation thérapeutique et intérêt pronostique

Dans une étude hémodynamique (15) réalisée chez 20 patients ayant une décompensation cardiaque aiguë, la diminution du BNP sous l’effet du traitement était corrélée à la baisse de la pression capillaire. Chez les 15 patients répondeurs (diminution de la pression capillaire pulmonaire de 15 mmHg après 24 heures de traitement), le taux de BNP a chuté de 55 %. A l’inverse, chez les 5 non répondeurs (absence de variation de la pression capillaire), la baisse du BNP n’a été que de 8 %.

Dans une autre étude de l'équipe de MAISEL (16), le BNP a été mesuré quotidiennement chez 72 patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque classe NYHA III-IV et la variation du BNP au cours de l’hospitalisation a été corrélée au risque de décès ou de nouvelle hospitalisation dans les 30 jours. Lorsque l’évolution était favorable, le BNP a diminué de 215 pg/ml en moyenne pendant l’hospitalisation. A l’inverse, chez les 22 patients ayant une évolution défavorable, le BNP a augmenté de 233 pg/ml en moyenne. Un taux de BNP £ 430 pg/ml à la fin de l’hospitalisation constituait un excellent critère prédictif d’évolution favorable dans les 30 jours.

Le dosage du BNP devrait également faire partie du suivi ambulatoire de l’insuffisant cardiaque chronique. Il est en effet bien corrélé à la classe fonctionnelle NYHA (17) et à la fraction d’éjection ventriculaire gauche (18) qui sont des critères pronostiques reconnus. Enfin, plusieurs études (19,20,21) suggèrent que les dosages répétés de BNP constituent une aide thérapeutique dans la mesure où ils peuvent prédire l’efficacité du traitement (bêtabloquant, IEC) et conduire à adapter la posologie.

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E. PEPTIDE NATRIURETIQUE DE TYPE B (BNP) 

Intérêt physiopathologique

Le BNP, peptide natriurétique de type B, est une «neuro-hormone » cardiaque découverte en 1988 dans le cerveau (Brain) de porc. Chez l’homme, il est sécrété essentiellement par les myocytes du ventricule gauche, en réponse à des stimuli surtout mécaniques : distension du ventricule gauche par expansion de volume ou pression de la paroi cardiaque trop forte (5,18). C’est donc un bon marqueur biologique de l’insuffisance cardiaque.

Il existe plusieurs peptides natriurétiques, de structure moléculaire voisine (16) , essentiellement l’ANP (atrial ou A-type natriuretic peptide), le BNP et le CNP (peptide natriurétique de type C); ce dernier n’est pas sécrété par les myocytes cardiaques mais par l’endothélium vasculaire. Tous ont comme structure un anneau de 17 acides aminés dont 11 sont identiques. Cet anneau est fermé par un pont disulfure entre 2 résidus cystéine. Il est essentiel pour la fixation au récepteur et l’activité biologique.

Fig. 8 : Structure des peptides natriurétiques.

L’ANP est un peptide de 28 acides aminés sécrété dans les granules des membranes des oreillettes et un peu dans les ventricules sous forme de proANP (126 acides aminés), qui se clive en N-terminal proANP (98aa) et en ANP.

Le BNP est un peptide de 32 acides aminés, produit dans les ventricules, surtout le ventricule gauche sous forme d’un précurseur, le proBNP (108 aa), lui même clivé avant sa sécrétion en NT-pro-BNP (76 aa) biologiquement inactif et en BNP qui est la partie C-terminale physiologique active, qui passent en circulation.

Fig. 9 : Biosynthèse de l'ANP et du BNP.

Rôle physiologique

L’ANP et le BNP ont une action inhibitrice sur le système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA). Ils ont aussi une action diurétique, natriurétique, et vasodilatatrice, et permettent ainsi de compenser en partie la surcharge hydrique et l’hypertension artérielle induites par l’insuffisance cardiaque. C’est pourquoi on peut observer une élévation de leur taux alors que la maladie est encore asymptomatique.

Mécanisme d’action

L’ANP et le BNP ne peuvent agir que s’ils sont d’abord fixés sur un récepteur localisé dans l’endothélium vasculaire et les cellules musculaires lisses de différents tissus- cibles. La liaison se fait par leur pont disulfure. On connaît 3 récepteurs différents, le NPR-A, B, et C (16). Les 3 fixent les différents peptides natriurétiques, mais avec des affinités différentes : le NPR-A, le plus abondant, lie l’ANP et 10 fois moins le BNP. Ce sont des protéines transmembranaires comportant un site de liaison extracellulaire et une partie intracellulaire. Le BNP, pour exercer son action vasodilatatrice, doit d’abord s’attacher au récepteur sur la paroi artérielle. Une fois lié au NPR, il peut traverser la membrane cellulaire et agir sur la cellule musculaire après activation de la guanylate-kinase à laquelle elle est liée, qui transforme le guanosine triphosphate en guanosine monophosphate sous forme cyclique (cGMP). Le cGMP, puissant vasodilatateur, agit comme un second messager du BNP (22). Ensuite, un autre récepteur, le NPR-C, localisé surtout dans les reins et les vaisseaux, assure la clairance du BNP circulant, ce qui permet la régulation de sa disponibilité pour les tissus-cibles. L’ANP et le BNP sont ainsi dégradés, soit par en enzymes lysosomiales soit par une endopeptidase neutre (NEP) liée à la membrane cellulaire, qui ouvrent la structure annulaire et inactivent la molécule (14). Le NPR-C et le NEP ont une plus grande affinité pour l’ANP que pour le BNP, ce qui engendre une demi-vie de l’ANP d’environ 3 minutes, alors que celle du BNP est de 22 minutes et celle du N-teminal proBNP est de 2 heures. Cette notion est importante pour expliquer que le BNP est préféré aussi bien pour la stabilité de son taux au cours d’une atteinte aiguë et pour vérifier suffisamment vite l’efficacité du traitement.

Ce schéma permet aussi de comprendre l’intérêt de médicaments en préparation dans l’insuffisance cardiaque, qui inhibent à la fois l’enzyme de conversion et le NEP, et qui seront logiquement plus efficaces que les seuls inhibiteurs de l’enzyme de conversion.

Méthodes de dosage

On peut doser actuellement l’ANP et le BNP, et une technique de dosage du N-terminal proBNP est en cours de commercialisation (12).

Etant donnée l’homologie de structure entre les différents peptides natriurétiques, il est important que les anticorps utilisés soient spécifiques de la molécule à doser, et reconnaissent la partie reconnue par le récepteur, de façon à ce qu’il y ait une bonne concordance entre la bioactivité et l’immunoréactivité (6). Les techniques par compétition (RIA) précédemment utilisées n’étaient pas suffisamment spécifiques et sensibles et nécessitaient une extraction et une chromatographie préalables. Elles sont actuellement remplacées par des techniques immunométriques qui répondent à ces besoins grâce à un sandwich de deux anticorps monoclonaux. Elles ont un signal radioactif ou fluorescent, mais utilisent les mêmes anticorps (5,9).

La technique immunoradiometrique (IRMA) Shionoria utilise deux anticorps monoclonaux anti-BNP, l’un fixé sur une bille, l’autre marqué à l’iode 125. Le résultat est obtenu en 24h environ. Cependant, un raccourcissement du délai d’incubation a été publié (20).

Une technique Triage Biosite plus récente est un dosage immunofluorimétrique (IFMA), sur sang total ou sur plasma. Elle utilise une cassette-test à usage unique contenant les anticorps : un anticorps recombinant de souris conjugué fluorescent, et un anticorps monoclonal fixé. La fluorescence est mesurée après 15 minutes, dans un fluorimètre utilisant une calibration électronique. Les coefficients de variation vont de 10 à 15% (4,8,10). La séparation des éléments figurés se fait par filtration dans la chambre de dépôt de l’échantillon. Les résultats sont identiques entre le sang total et le plasma (3).

L’avantage de ce système est sa praticabilité et sa rapidité. Il utilise un appareil portable, pouvant même être délocalisé dans les services cliniques. 

La limite de détection de la technique IRMA est de 2 ng/l, celle de la technique IFMA est de 6 ng/l (1 ng/l = 0,29 pmol/l).

Plusieurs études ont comparé la méthode IRMA et la méthode IFMA (10,11,23) et aboutissent à la corrélation : Triage BNP= 1,5 Shionoria BNP.

Vogeser (23)
19,3 ng/ml
392 ng/ml


CV : 8,4 %
CV 8 %

Kasanegra (13)
29,1 ng/ml
1128 ng/ml

 
CV : 10,4 %
CV : 15,8 %

Fischer (10)
40 ng/ml
450 ng/ml
800 ng/ml

 
CV : 11 %
CV : 13 %
CV : 16 %

Tableau 5. - Reproductibilité du Triage® BNP.

Influence des conditions de prélèvement et conservation

Le BNP est une molécule sensible à l’action des protéases mais beaucoup plus stable que l’ANP. Le sang est prélevé sur EDTA qui stabilise le BNP, car les protéases ont besoin d’ions bivalents pour leur activité et l’EDTA en complexant ces ions, rend les protéases inactives. L’addition d’aprotinine, inhibiteur de protéases semble améliorer la stabilité (2).

Le prélèvement sur sang total se conserve 24 heures à température ambiante. La conservation du plasma est de 1 mois à –20°C, ou de plusieurs mois à –80°C (16).

Valeurs usuelles en fonction de l’âge et du sexe

Les valeurs de référence augmentent avec l’âge. Elles sont plus fortes chez la femme que chez l’homme. Il n’y a pas de rythme circadien de sécrétion, ni de variation significative selon la posture, contrairement au taux d’ANP qui augmente rapidement à l’effort. Il n’est donc pas nécessaire d’observer une période de repos avant d’effectuer la prise de sang.

 

Femmes

Hommes

âge

< 45

45-54

55-64

65-74

> 75

< 45

45-54

55-64

65-74

> 75

moyenne

17.0

25.2

33.6

37.7

76.5

9.8

14.3

19.2

23.3

46.1

95° percentile

47.4

71.7

80.5

95.4

179.5

23.8

39.0

72.4

62.7

77.9

% < 100 ng/ml

100.0

98.9

96.4

95.1

75.8

98.9

99.5

98.3

98.9

95.8

Tableau 6. - Valeurs de référence du BNP en fonction de l’âge (méthode Triage® ) (ng/l).

Intérêt du dosage

Insuffisance cardiaque

L’insuffisance cardiaque (IC), essentiellement l’insuffisance ventriculaire gauche, affecte 2 à 3% de la population, et plus de 5% des sujets âgés de plus de 75 ans. Elle représente un problème majeur de santé publique. Mais les signes cliniques ne sont ni spécifiques ni précoces. Le signe clinique principal est une dyspnée majorée à l’effort souvent. La forme la plus grave est l’œdème aigu du poumon (OAP). La gravité de l’IC est évaluée cliniquement selon la classification NYHA (New York Heart Association) en 4 stades (24). 

 

Gêne fonctionnelle

Survie à 1 an

Stade I

Asymptomatique

95 %

Stade II

Gêne à l’exercice physique, fatigue, arythmie, dyspnée

85 %

Stade III

Gêne pour un effort modéré

75 %

Stade IV

Gêne au repos, dyspnée permanente

50 %

Tableau 7. - Classification NYHA.

L’intérêt du dosage de BNP est de dépister l’insuffisance cardiaque à un stade précoce, encore asymptomatique qui concerne la majorité des patients, pour instaurer un traitement avant l’évolution de la maladie.

Lorsque la concentration de BNP est inférieure à 40 ng/l, on peut exclure une insuffisance ventriculaire gauche, systolique ou diastolique, et faire l’économie d’explorations invasives et coûteuses.

L’augmentation de la concentration sanguine de BNP est corrélée à la gravité , l’hypertrophie ventriculaire et la dysfonction systolique évaluée par la fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG), déterminée par échocardiographie ou angiographie (5,15,16). A un cut-off de 130 ng/l par la technique IFMA,et de 100ng/l par la méthode IRMA, le BNP a une sensibilité de 93% et une spécificité de 79% pour détecter les patients ayant une fraction d’éjection inférieure à 50% (10). La concentration de BNP s’élève aussi lors d’une dysfonction diastolique isolée, avec une FEVG normale.

Fig. 10 : Concentration de BNP en fonction de la classification NYHA.

 

Fig. 11 : Concentration de BNP en fonction de la sévérité de l’insuffisance cardiaque d’après Dao (8).

Le dosage de BNP permet un tri des patients se présentant au service d’accueil des urgences avec une dyspnée qui peut être d’origine cardiaque, pulmonaire ou mixte (7,17). Le cut-off de concentration dans cette application est d’environ 80 pg/ml avec une valeur prédictive négative de 98 % pour le diagnostic d’insuffisance cardiaque.

Suivi de traitement

Le dosage de BNP est utile pour suivre l’efficacité du traitement instauré dans l’insuffisance cardiaque, tels que les diurétiques et les vasodilatateurs, les béta-bloquants et les inhibiteurs d’enzyme de conversion. La demi-vie du BNP est de 20 minutes, ce qui permet de vérifier très vite la chute de sa concentration si le traitement est efficace. Le taux de BNP a une valeur pronostique à court terme. Les patients traités qui ont une concentration de BNP inférieure à 430 ng/l ont très peu de risque (VPN 96%) de réadmission dans les 30 jours (4). Mais il est important pour ces patients traités, de connaître leur taux stable de BNP, qui peut donc être supérieur aux valeurs de référence.

BNP et syndrome coronaire aigu

La concentration de BNP augmente après une souffrance myocardique, infarctus du myocarde (IDM) ou myocardite. Son taux 7 jours après IDM a ainsi une valeur prédictive d’un remodelage ventriculaire de dysfonction ventriculaire gauche (1,19) dans les 30 jours post-infarctus, et permet d’instaurer un traitement par les inhibiteurs d’enzyme de conversion.

Autres pathologies

La concentration de BNP n’est pas modifiée par le diabète et une bronchopathie chronique obstructive. Dans l’insuffisance rénale en phase terminale ou chez les patients hémodialysés, les taux de BNP sont plus élevés. Au cours de la cirrhose hépatique, avec ascite, l’excès fluidique entraîne une augmentation de sécrétion d’ANP et de BNP.

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Dernière révision : 10.06.05