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Toxoplasmose et grossesse :
l’apport du diagnostic sérologique
Jade Zufferey
Laboratoire UNILABS
Rue de la Vigie 5
1003 Lausanne
Sommaire
Morphologie
Mesure de prévention
Marqueur de l'infection
Prévalence de la toxoplasmose
Diagnostic
Dépistage de la toxoplasmose
Marqueurs sérologiques
Exemples de cas
Interprétation
Morphologie
Toxoplasma gondii est un protozoaire, parasite intracellulaire
obligatoire. Il peut traverser la barrière placentaire pour contaminer le
foetus.
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Figure 1.
Forme tachyzoïte (trophozoïte) en
croissant de T. gondii.
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Le parasite peut exister sous deux autres formes :
-
la forme oocyste
que l'on retrouve dans l'environnement et c'est sous cette forme que le
parasite est excrété par le chat qui est son hôte définitif
-
la forme bradyzoïte
dans les kystes, que l'on peut trouver chez tous les animaux
homéothermes.
Mesures
de prévention
-
mesures alimentaires : laver les
végétaux, cuire la viande, éviter la consommation de viande crue ou insuffisamment
cuite,
-
porter des gants pour le
jardinage,
-
éviter les contacts avec les
chats.
Marqueurs
de l'infection
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Figure
2.
Courbe sérologique chez la
femme enceinte.
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Une
femme enceinte qui n'a jamais
contracté la toxoplasmose est dépourvue des marqueurs sérologiques pour cette
infection.
Au jour zéro où se développe l'épisode infectieux, des
anticorps
spécifiques apparaissent dans le sang.
Ce sont tout d'abord des IgM qui
sont des marqueurs
de l' infection active
(dans certaines limites) et qui vont persister en
moyenne 6 mois.
Chez 80% des
malades, on trouve également des IgA. Longtemps utilisé pour dater l'infection toxoplasmique,
ce marqueur est tombé en désuétude avec l'apparition des tests d'avidité.
Enfin, les IgG
montent très rapidement pour atteindre un plateau et décroître par la suite. Ils resteront cependant positifs à vie.
On peut de manière exceptionnelle
observer une séroréversion, c'est-à-dire une négativation de la sérologie chez
des patients hautement immunodéprimés (greffés de moelle par exemple) ou des
enfants non infectés nés de mères qui ont contracté la toxoplasmose durant la
grossesse. Ces anticorps maternels vont décroître pour devenir négatifs. Prévalence
de la toxoplasmose
Elle
augmente avec l'âge mais elle varie aussi en fonction de certaine données
géographiques.
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Figure 3. Prévalence des anticorps
anti-T. gondii dans la région lausannoise : pourcentage de patients
positifs en fonction de la tranche d'âge (état en 1993).
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Dans les études récentes, on note une baisse nette en terme de séroprévalence
dans la population due à des modifications alimentaires.
Des travaux du type de ceux de Marie-Laure Dardé publiés en 2002 ont apporté des
nouveautés dans le domaine de la toxoplasmose. En analysant une centaine de souches toxoplasmiques isolées de patients
congénitalement infectés ou immunodéprimés, elle a montré que malgré
l'énorme diversité géographique et zoologique de ce parasite, il n'y a que
trois lignées génotypiques. Dans 80% des cas d'infection, le type 2 est concerné.
Ce type 2 est de plus non virulent pour la souris chez qui il ne
donne que des kystes. Il existe en effet chez la souris une sécrétion
contrôlée et protectrice d'interféron gamma. Par contre, in vitro, on observe
une formation plus facile de kystes et de bradyzoïtes qu'avec les types 1 et 3.
| TOXOPLASMOSE |
Type
1 |
Type
2 |
Type
3 |
| Congénitale
(n = 86) |
~
8,1 % |
~
8,5 % |
~
2,3 % |
| Immunodéprimés
- SIDA (n = 48) |
12
% |
76
% |
~
11 % |
| Immunodéprimés
- hors SIDA (n = 14) |
~
19 % |
75
% |
~
6,3 % |
Tableau 1.
Répartition des principaux génotypes de T. gondii (d'après ML Dardenne,
2002).
Diagnostic
Le
diagnostic moléculaire (PCR) est une technique validée, très importante et
très utile sur prélèvements de liquide amniotique. Par contre, ce test n'est
pas utilisé
dans le diagnostic de la primo-infection chez la femme enceinte. Lors d'une
infection aiguë, le parasite n'est retrouvé dans le sang que dans 50% des cas
(travaux de Joynson et coll. 2001).
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Figure
4. : parasitémie de
T. gondii mesurée par PCR (d'après D.H.M. Joynson and E.C. Guy, 2001),
en haut et en bas, à titre de comparaison, profils sérologiques
classiques.
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La
cinétique de tous les marqueurs sérologiques de la figure 4 correspond à une
réalité moyenne. En réalité, il est
quasi impossible d'interpréter les résultats d'une sérologie sur une prise de
sang individuelle à l'aide de ce genre de schéma. Les cinétiques décrites dans la littérature sont
très variables et ne concernent que 90% des patients. En pratique, on observe
plus souvent des exceptions, soit des réponses majeures chez des
patients qui ont des anticorps qui montent à plus de 1000 unités internationales
en IgG et qui restent très longtemps séropositifs ou des réponses mineures souvent liées
au traitement.Dépistage
de la toxoplasmose La
question cruciale est de savoir s'il s'agit d'une femme enceinte non
immunodéprimée. Les conséquences sont, pour les deux groupes, sérieuses mais
pour le contexte de la femme enceinte, ce qu'on veut prévenir, c'est la
primo-infection. En dépit des mesures de préventions vues
précédemment, environ 2 grossesses sur mille feront une séroconversion.
Les données du CHUV à Lausanne sont de 7 pour mille.
La manière la plus fiable de diagnostiquer une séroconversion
reste le suivi sérologique. On recommande actuellement de faire 7 sérologies
chez une femme enceinte séronégative. En effet, les symptômes ou les signes cliniques
ne sont présents que dans 5% des patientes et ils sont le plus souvent non
spécifiques (fatigue, malaise, fièvre, myalgies). Un signe très important est
la présence de lymphadénopathie.
Plus l'atteinte est précoce et plus le risque de dommages graves pour le foetus
est important (voir figure 5). Il est donc essentiel de poser le diagnostic et
d'instaurer un traitement aussi tôt que possible.
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Figure 5. :
Toxoplasmose
congénitale (tétrade de Sabin).
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L'infection
toxoplasmique est traitable mais le traitement doit être précoce notamment sur
les 90% d'enfants qui vont naître asymptomatiques mais infectés par le
toxoplasme. Un traitement précoce permettra de réduire de 50% à 10% le nombre
d'enfants qui seront atteints pendant les 18 premières années de vie.
Le risque de transmission du parasite augmente en fonction de l'âge de la grossesse pour
passer de 4% en début de grossesse à 30% (tableau 2).
| |
Pratlong
et al (1994) |
Hohfeld
et al (1994) |
| Gestation
(semaines) |
7-15 |
16-28 |
>28 |
3-14 |
15-26 |
27-34 |
| Infection
maternelle |
102 |
70 |
15 |
1398 |
745 |
38 |
| Infection
congénitale |
4 |
12 |
8 |
52 |
123 |
11 |
| Taux
de transmission (%) |
3,8 |
17,1 |
53,1 |
3,7 |
16,5 |
28,9 |
Tableau 2.
Risque d'infection congénitale selon l'âge gestationnel au moment de
l'infection maternelle.
Quand
on dépiste une femme enceinte, ce que l'on veut éviter c'est un faux positif.
Or, selon les recommandations suisses, le screening sur l'immunité ne doit
porter que sur un seul dosage et les patientes rendues à tort IgG positives ne
seront pas revues.
Chez les patients immunocompromis, il faut par
contre éviter les faux négatifs.
Lors de la toxoplasmose aiguë, les trachyzoïtes sont rapidement transformés
en bradyzoïtes grâce à la réponse immunitaire et le parasite sera
maintenue à l'état de kystes dans n'importe quel endroit du corps et ne
poser aucun problème. Si la réaction immunitaire fait défaut, on aura une
transformation en abcès et une pathologie grave.
On admet pour les mères immunocompétentes, IgG positives qu'elles sont immunes
et ne vont donc pas transmettre le parasite au fœtus. Cependant des exceptions
existent. Trois sont décrites et nous revenons toujours sur les mêmes. Ce sont
celles de Desmond, de Marti et de Pons. Dans deux de ces trois cas, il
s'agissait d'infection toxoplasmique aiguë acquise deux mois avant la
conception. Un augmentation du titre en IgG a été observé dans ces
circonstances et il faut recommander de retarder la grossesse d'au moins trois
mois si une patiente se trouve dans ce cas.
Les femmes immunocompromises IgG positives peuvent transmettre le parasite à
leur fœtus. Cela est valable pour des patientes souffrant de Lupus,
de pancytopénies, de maladie de Hodgkins
ou HIV positif.
|
Méres
immuno-compromises IgG positives:
Quelques cas de transmission
de toxoplasmes au foetus décrits:
-
lupus (traitement
corticoïdes)
-
pancytopénie
(traitement corticoïdes)
-
maladie de Hodgkin
-
HIV+
(Desmond 1990, Mitchell 1990. Marty 1994,
D'Ercole 1995)
Il faut un suivi attentif de
ces grossesses
Figure 6.
Infection Maternelle Pré-conceptionnelle
|
Ces
grossesses, malgré le statut IgG positif, doivent être suivies différemment
et attentivement.
Marqueurs
sérologiques
haut
tests de dépistage primaires
|
Tests de
dépistage ou Tests primaires |
| SEROLOGIE |
Information |
Note |
| IgG |
Infecté? |
+ > infecté une fois dans
le temps |
| IgM |
Infection récente? |
- > exclut une infection
chez l'immunocompétent
(répéter dans 2-3 semaines) |
Tableau 3. Inverstigations
de laboratoires dans l'infection toxoplasmique. La
technique de référence est le Dye-test mais
personne ne l'utilise en Suisse car il nécessite d'avoir des toxoplasmes
vivants et le maintien des souches par passage sur la souris. La
réglementation ne permet pas de le faire.
Certains laboratoires font à la place du Dye-test un test d'immunofluorescence.
Ce test ne remplace pas le Dye-test car l'observation au microscope à
fluorescence est très suggestive et ce n'est pas la technique de choix si on
veut déterminer avec certitude le seuil.
Les techniques de dépistage les plus utilisées sont des ELISA.
Les résultats, bien que rendus en unités internationales par ml, ne sont pas superposables
car les fabricants n'utilisent pas les mêmes préparations antigéniques.
Le test de confirmation des IgG reste le Dye-test ou éventuellement le test
d'agglutination directe antigène sensibilisé du docteur Desmond.
Pour les IgM, les test de confirmation est l'ISAGA
qui est le test le plus sensible mais qui souffre aussi de la détection
prolongée des IgM lors d'infection aiguë.
Enfin, le test d'avidité des IgG qui est un test
qui permet de mieux estimer la durée de l'infection néanmoins, malgré l'aide
à la datation de l'infection, il ne peut pas être utilisé seul
indépendamment des autres tests sérologiques.
|
Tests
secondaires (confirmation et référence) |
| SEROLOGIE |
Information |
Note |
Salbin-Feldman
Dye test
IgM + IgG |
Confirmation du statut
infectieux |
"GOLD STANDARD" |
ISAGA-M
ISAGA-G |
Infection récente? |
Plus sensible que les essais
standards |
| IgG Avidité |
Estimation de la durée de
l'infection |
Déterminer si l'infection est
pré / pendant / post grossesse
NB: ne devrait pas être interprété
en l'absence d'autres sérologies |
Tableau 4.
Investigations de laboratoires dans l'infection toxoplasmique En
sérologie, si on augmente la sensibilité d'un test on diminue sa
spécificité. Ce qui fait que pour les tests de dépistage des femmes
enceintes, si on doit choisir un seuil de sensibilité, il est préférable de
choisir un cut-off élevé.
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Figure 7. Evaluation
de test: faux positif et faux négatif en fonction du seuil choisi
pour un test quantitatif
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Sensibilité : vrais
positifs / tous les infectés Spécificité
: vrais négatifs / tous les non infectés
Il est recommandé chez les femmes
enceintes d'exclure une infection actuelle par un test détectant les IgM qui
doivent être négatifs.
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Quel(s) seuil(s) de
sensibilité et de spécificité choisir?
Cut off élevé, exemple
du dye test : 15 UI/ml
> recommandé d'exclure
une infection toxoplasmique en cours:
IgM négative
Figure 8:
Seuil des tests de dépistage pour la femme enceinte.
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Chez les patients immunocompromis, il faut dans la mesure du possible récolter
un sérum dès le diagnostic de l'immunodépression
pour faire un dépistage. On abaissera le seuil de
positivité (2
UI/ml pour le dye test) pour ne pas rater de patients présentant un risque de
réactivation ou séroconversion.
Si le patient est symptomatique, et en particulier dans les cas de SIDA ou de
greffe de moëlle), il est recommandé de s'adresser à un laboratoire de
référence pratiquant le dye test pour exclure tout risque de réinfection
toxoplasmique.
Exemples
de cas 3
indications cliniques pour un test sérologique de la toxoplasmose Patiente
A
Age : 25 ans, un chat à domicile, désir de grossesse. Résultats
de la sérologie
IgG ELISA : positif
IgM ELISA : négatif
(dye test : 32 UI/ml)
Pas de tests complémentaires Commentaire
Les marqueurs
sérologiques témoignent d'une infection ancienne.
Toute grossesse future ne devrait pas présenter de risque d'infection
toxoplasmique, sauf immunodépression. Patiente
B
Age : 30 ans, en traitement pour stérilité. Résultats
de la sérologie
IgG ELISA : négatif
IgM ELISA : négatif
(dye test : <2 UI/ml)
Pas de tests complémentaires Commentaire
Aucun marqueur
sérologique d'une infection passée ou en cours.
La patiente est à risque
en cas de contact avec le parasite et devrait être informée des sources
d'infection. Patiente
C
Age : 29 ans, avortement spontané à 20 semaines. Résultats
de la sérologie
IgG ELISA : positif
IgM ELISA : négatif
(dye test : 64 UI/ml)
Tests complémentaires : ISAGA IgM : négatif; indice d'avidité des IgG :
élevé. Commentaire
Les marqueurs
sérologiques témoignent d'une infection ancienne.
L'abscence IgM permet
d'exclure une infection en cours. Interprétation
Les
réactifs et les techniques à disposition permettent de rendre des résultats
de laboratoire fiables et de bonne qualité mais si on veut les interpréter, il
faut avoir des données cliniques et surtout interpréter des tests bien maîtrisés
avec des limites bien connues.
Plutôt que de réfléchir à essayer de situer les cas de telle ou telle
patiente par une cinétique d'anticorps, idéalement, on ne se perd pas si on interprète
les résultats par algorithmes.
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Tableau 5.
Arbre décisionnel pour la toxoplasmose
|
-
IgG: pouvons nous faire
confiance à notre technique ou envoyer le sérum pour confirmation en
Dye-test
-
IgM: le conteste clinique peut
demander de les vérifier par un test de confirmation
-
Indice d'avidité
élevé: on peut s'arrêter là
bas: il faut faire un deuxième test après 3 semaines pour voir
l'évolution des anticorps.
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